04 sept

L’idiot du village est devenu idiot du monde

Voyageur du monde

Au premier abord le voyageur du monde fait rêver. Il vit entre plusieurs pays, parlent plusieurs langues et narre à table ses récits avec vie. Une poudre aux yeux qui cache une réalité tout autre : ce voyageur n’est qu’un parfait branleur.

Rien ne développe l’intelligence comme le voyage disait Emile Zola. Celui qui part accomplit ce que le sédentaire ne fait pas. Il semble s’élever et reçoit pour cela les louanges de ses pairs restés au pays. Qui se sentent comme des vaches dans un pré, regardant passer les trains. Une réplique revient dans toutes les bouches : tu en as de la chance !

Voyager n’est pourtant rien. Rien de plus que l’achat d’un billet d’avion. Passer un temps à l’étranger a beau changer le décor, il ne change pas le rôle que nous jouons. Le quotidien, après un bref temps d’adaptation, se compose inlassablement des mêmes activités.

Loin de l’exploration des Indes par Vasco de Gama, davantage lié à la baisse des prix du trafic aérien, le voyage est aujourd’hui un loisir accessible à tous. Il ne relève en rien de l’aventure, si ce n’est de celle d’avoir un passeport crédible et un salaire mensuel d’économie en poche.

Voyager ne serait pas une fin mais un moyen ? Les choses se gâtent alors pour notre voyageur du monde. Vous l’avez compris, il ne s’agit pas ici de celui parti entreprendre à l’étranger pour relever un nouveau défi. Ni de celui emmenant sa famille en quête d’une meilleure qualité de vie. Ni même du sexagénaire dépensant sa retraite dans un pays en voie de développement.

Non. Celui qui nous intéresse c’est celui avec le sac-à-dos Quechua et la gourde en inox. Ce nihiliste qui se voit en explorateur-ethnologue hors piste. Qui ne parle aucune langue locale, ne passe jamais plus de quelques semaines au même endroit et est trop radin pour acheter la dernière édition du Guide du Routard. Ne tombons pas dans le piège de la sur-intellectualisation, l’idiot du village est simplement devenu idiot du monde.

Le voyageur à la gourde en inox

Si le voyage permet d’accomplir quelque chose, celui avec la gourde en inox n’y voit qu’un prétexte pour prolonger sa non-cotisation aux caisses d’assurance retraite et chômage. Pour retarder l’échéance fatale du coup de pied au cul en provenance de la vraie vie. Il sait au fond de lui que la vraie vie chausse du 45 et ne se complaît pas en justifications inutiles.

Il a sûrement déjà expérimenté le voyage-étude sponsorisé du programme Erasmus. Ce qui lui a permis d’obtenir une bourse mensuelle dépensée aussitôt en shooters et bières pressions dans les bars de la capitale européenne de son choix. Un diplôme lui a même été offert pour récompenser cet effort.

Les études finies il poursuit son chemin avec le Revenu de Solidarité Active — ou quelques mois de chômage pour les plus courageux — qui n’engagent pas plus à une activité. Il s’active donc à remplir sa vie de voyage, eux-mêmes remplis de vide.

Devenu expert du néant et de sa justification, il argue un soi-disant besoin de voir autre chose, de rencontrer de nouvelles cultures. Mais pas la culture d’en bas de chez lui. Pas plus que celle des Provençaux, Basques, Corses, Bretons ou d’une autre culture hexagonale pourtant si éloignée de la sienne. Non. Ce qu’il recherche c’est l’exotisme lointain.

Cette obligation de fuir est justifiée par ce système devenu insupportable à ses yeux. Et n’ayant aucune envie de contribuer à un effort de changement pour rendre le monde meilleur, il préfère partir. Un rejet sélectif qui navigue entre déni et naïveté. N’osant qu’à moitié maquiller son départ sous une intention de changer les choses ici ou là-bas.

Le tableau ressemble fort à une mascarade, qu’il suffit d’égratigner pour qu’éclate une vérité sans concession. Le voyageur du monde est le pur produit de notre époque. Un branleur.

Nos vaches regardant passer les trains devraient se rendre compte qu’ils ne vont pas si vite que cela. Voire même, en scrutant plus précisément, que ces trains sont à l’arrêt complet. Et que les vaches dans leur pré avancent bien plus vite que ces derniers.

Les années d’existence de ces globe-trotters ne laissent finalement que peu de choses derrière elles, si ce n’est d’abstraites formules sur le sens de la vie. Ni compétences professionnelles, ni famille, ni économie. La ritournelle est souvent tragique, le retour chez les parents, un job dans un pays riche qui financera un prochain voyage dans un pays pauvre.

La confusion du voyageur

Ce voyageur du monde confond le beau et le lointain, l’aventure et l’étranger. Ce qui l’amène à visiter à la chaîne pays, monuments, monts, canyons, ethnies… sous couvert d’authenticité. Sans même regarder le monde qui l’entoure chez lui, au quotidien.

Il ne jure que par le voyage, à en oublier que se confronter à des situations dont il faut se sortir seul, découvrir de nouvelles cultures ou s’ouvrir aux autres n’est en rien l’apanage du voyageur. Les vaches admirent les trains mais peu leur posent la question : pourquoi pars-tu si loin ?

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Commentaires (7)

Pierre
sept 12,2017 at 05:19 Reply

Bonjour Morano de Bergerac,
Je découvre, par cet article qui a été partagé sur le groupe facebook des Français en Nouvelle-Zélande, le site Mepris.fr et je pense vous suivre désormais.
Merci pour cet article sur les voyageurs modernes et la totale confusion du sens de l'aventure. Merci parce que je le trouve vrai et que même ceux qui pensent sortir des sentiers battus se retrouveront inévitablement dans l'article à questionner leur raisons de voyage et l'image qu'ils produisent.
Il ne faut pas oublier que les Kerouac et Krakauer ont écrit des œuvres qui ont été javellisées et appropriés jusqu’a leur perte de sens qui aujourd'hui donne ces voyageur en quête d'images personnelles (pluriel pour les sens propre et figuré) qui veulent à tout petit prix donner leur version holiwoodéisée de leur vie et vivre du reflet des réactions de leurs réseaux. C’est en partie par ces auteurs que sont nés ces voyageurs et surtout par leurs interprétations.
Je n’échappe pas à la règle, à la fin de mes études j’ai décidé de partir en me greffant au projet d’une amie pour la Nouvelle-Zélande. Je suis venu ici pour beaucoup de raisons, bonnes et mauvaises, mais toujours en restant moi-même. Je cherche ici avant tout des idées que je puisse rapatrier, des services, des produits, des façons de faire et des façons de voir les choses qui enrichissent tout ces projets que j’ai en tête. Je recherche comme beaucoup des expériences de vies mais peut-être pas les même. Lorsque j’écris « rester moi-même » bien évidement je me construis tous les jours mais j’ai une éthique de voyage et un savoir-vivre qui diffèrent beaucoup des autres voyageurs, très observateur et désireux d’intégration et avec une longue dimension temporelle. Ils n’y a bien sûr pas exclusivement des idiots du village qui voyagent. Je me reconnais en partie dans la description que vous faite du voyageur perdu qui fuit la prise de responsabilité. Parce que je ne suis pas parti en niant cette part de moi-même qui repousse les échéances et les responsabilités probablement. Les voyages m’ont appris d’où je viens, m’ont donné le gout de revisiter ces cultures si riches que nous avons sur notre territoire et je me suis offert les guides du voyageur de mon propre pays. C’est grâce à l’éloignement que j’ai pu avoir le désir de prendre part au changement de l’évolution de mon pays et d’avantage en observant l’étranger. Je continuerai à prendre cette distance qui me parait essentielle.
Une fois à l’étranger (et a plus forte raison dans des pays dits développés) la révélation de ces voyageurs dont vous parlez est flagrante. Non ils ne sont pas méchants (ce serait un comble) mais ils ont une dimension nuisible qu’ils ont du mal à comprendre. Je n’en peu plus des Yoga-Instagram-Vegan-Tattouage-Minimalistes qui procèdent en rites et alimentent les cliché pour la convergence vers leur normalitude aseptisée. Il y a plein de ces « idiots du village » (le terme est trop fort a mon sens mais sied à l’emphase de votre propos critique), de ces personnes qui voyagent critiquant leurs pays d’origine où effectivement ils n’ont pas le courage de prendre leur vie en main. Ils voyagent dans l’espoir d’un eldorado qui leurs serait offert. Ils critiquent leur origine tout en cultivant paradoxalement un attachement à des clichés et emportent avec eux leur monde qu’ils sont incapable d’abandonner. Ils ne se rendent pas compte qu’ils nuisent à leur réputation et celle de leurs concitoyens parce qu’ils le veulent ou non ils sont observés comme ambassadeurs de toute leur culture. Ils ne prennent pas conscience des difficultés d’intégration et du souci de représentation qu’ils véhiculent. Ils s’en fiche car ils vivent dans une bulle égo-centrée qu’ils transportent et effectivement avec la sécurité (prétention) que leur donne leur passeport.
Beaucoup de ces voyageurs ont été encouragés par une génération de ceux qui ont plongé « dans la vrai vie » et pris des « coups de pied au cul » dont vous parlez. Qui n’a pas entendu « les voyagent forment la jeunesse » ou « ici il n’y a plus rien à faire ». Les motivations égoïstes ou individualistes sont enrichies par la génération ainée. Il est facile d’écrire que les couards partent en fuyant leurs responsabilités plutôt que d’œuvrer au changement, mais ceux qui ont pris le taureau par les cornes savent combien il est dur de changer et encouragent l’égoïsme. Nombreux sont ceux qui regrettent de ne pas avoir profité de leurs années d’inconscience pour voyager. Ces voyageurs sont aussi le fruit des projections des frustrations de leurs ainés.
Je vous donne ma critique. Bien que l’article soit bon, il à une dimension critique structurée et argumentée, j’aimerai voir ailleurs sur internet un article constructif pour essayer d’éduquer et d’avancer sur cette analyse. Seul il ne me suffit pas, un peu trop antipathique à mon gout. Je vais continuer à chercher un tel article pour le partager à la suite du votre.
Vous avez il me semble une dure vision de la vie.
Merci pour vos articles!

    Morano de Bergerac
    sept 12,2017 at 12:19 Reply

    Le problème n'est pas ici le voyageur mais les faux prétextes. C'est l'hypocrisie qui est remise en cause, pas le voyage. La réponse jocker "Je suis parti à l'étranger", par les fantasmes qu'elle génère, occulte tout questionnement. Je ne trouve rien à redire au nihiliste qui s'assume, contrairement à celui qui feint l'activité. Le voyage n'étant pas une activité en soi.

    L'influence et l'envie de voyager, que vous attribuez à la génération précédente (ce qui peut être matière à débat), peuvent apporter un éclairage différent en effet. Merci en tout cas de partager ce point de vue avec nous.

GOT
sept 12,2017 at 11:59 Reply

Article plein d'arrogance, avec beaucoup de raccourcis et de généralisations ainsi qeu pas mal de mépris, vous portez bien votre nom. Si l'idée dans le fond n'est pas forcément fausse dans certains cas, le fait de généraliser comme ça et de mépriser, rend votre article nul et sans intérêt car au final c'est beaucoup de conneries qui y sont écrites.
Par contre j'ai l'impression que c'est limite un site de 2nd degré ou quoi vu que c'est tellement caricatural on dirait un article du hater de base, frustré et blasé de jamais voyager. Si c'est le cas, merci de ne pas tenir compte de ce commentaire.

Romain
sept 12,2017 at 12:44 Reply

Bonjour Cirano menthe à l'eau du bac à sable.

Je ne vais être aussi nuancé, ni poli comme les commentateurs précèdent car le fiel que tu deverse ici, ce concentré de jalousie et d'ignorance, me revulse.
Comment peux t on mettre à ce point tous le monde dans le même sac? Generaliser à outrance et prejuger de tout et de tous?!

Je te donnes Rdv en Nouvelle-Zélande où j'ai bien rien branlé puisque je me suis trouvé un vrai boulot d'ingénieur logiciel que je pratique en anglais donc et pour lequel jai passé un entretien en anglais. Tu sais faire ça un entretien d'embauche en anglais? Oui?? Non?! Wai c'est ce que je pensais.

Je t'invite à me suivre dans les montagnes et autre sommets de haute altitude Neo Zélandais, et porter les meme sacs de 25 kg sur parfois 60km aller retour dans la foret dense ici et ensuite jusqu' a plus de 3000m metre d'altitude et ce à parfois 2 j de marche de la route et sans rien meme pas de reseau mobile pour appeler maman quand t'es perdu ou que tu t'es cassé la jambe ou t'es tombé dans une crevasse car vu que t'as des couilles pas comme certains branleurs derriere leur clavier à ecrire des conneries, tu t'es un peu jeté dans ke bain toi.

On reparlera apres de la notion de branleur et de d'absence d'aventure.

On est pas tous des branleurs.

Par contre toi t'es qu'un pauvre frustré mal baisé trop nul pour faire autre chose que decrire un article navrant de bêtise et de bourré de clichés généralisants plus navrants les uns que les autre.

Reste devant ton Mac Book de petit bourgeois le cul sur ta chaise dans ton petit bureau. C'est ce qui te va bien apparament.

Pauvre minable ignorant!

Estelle
sept 13,2017 at 05:44 Reply

Merci !

Parfois la vérité blesse, mais moi-même arrivant en tant que "backpacker" en Nouvelle Zélande, j'ai vite remarqué ce type de voyageur autour de moi. Le pire, ceux qui prennent un ukulélé, jouant 4 song en boucle pour se faire de l'argent à la sortie de l'hypermarché du coin... Pour ensuite dépenser les quelques $200 fait en une heure... Dans un fish & chips pour commencer !
Aller chez les locaux ? Pas dans leurs moyens, c'est sur.
Ou ceux qui reste entre français, benh oui... l'anglais c'est trop dur à apprendre...
Je passe les détails ou les explication, juste merci pour mettre ça en lumière !
J'ai longtemps critiquer ça, "mépriser" ce type de comportement, et oh ! bien heureuse de voir que je ne suis pas la seule que ça mécontente !

Superbe article, Morano de Bergerac, je vous lirait dès à présent !

pinturrichio
sept 15,2017 at 04:39 Reply

Bonjour !

VIVE LA FRANCE ET VIVE LA REPUBLIQUE ....ET LE RSA !!

Je me retrouve parfaitement dans la description de cet article ... et oui, depuis 5 ans je voyage partout dans le monde canada , japon , chine , australie , honk kong , coree du sud .... et oui je suis le parfait branleur. N'ayant pu trouver un travail stable en France, l'oisiveté me tuait et j'ai decider il y'a 5 ans de partir repousser l'echeance de la vraie vie et de ses responsabilites en voyageant partout dans le monde. J'ai 32 ans , pas d'experiences professionnelles , pas d'experiences sentimentales , pas de famille, pas de projet mais quand je retourne dans mon quartier, je suis le roi du monde ou selon votre pensee le branleur du monde ... et j'aime ca !! oui j'assume et je le revendique , je ne me suis jamais senti autant epanoui dans ma vie que lorsque je partais quelques mois à l'etranger et revenais pour retrouver mon lit superpose dans lequel je dors depuis 32 ans, comme un heros pour ne pas rater mon rendez vous avec mon conseiller pole emploi. Oui je suis l'archetype du parfait branleur... mais quelle magnifique vie !

ThomasMum
mar 08,2018 at 12:49 Reply

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