22 jan

Jacqueline Sauvage doit rester en prison

PROCES SAUVAGEJacqueline Sauvage a fait les gros titres pour avoir tué son mari après 47 années d’enfer conjugal. Condamnée en appel en décembre 2015 à dix ans de réclusion criminelle pour son crime, elle s’est vue accorder fin 2016 une grâce totale par François Hollande « au vu d’une situation humaine exceptionnelle ». Une décision qui méprise le droit et la justice, dictée par la pression populaire, médiatique et politique.

L’affaire comme on nous l’a présentée dans les médias

Revenons sur l’affaire Jacqueline Sauvage, telle que l’on nous l’a présentée un peu partout. Citons au hasard un article du Monde :

Cette mère de famille a été condamnée en appel à dix ans de réclusion par la cour d’assises du Loir-et-Cher, pour avoir tué son mari de trois coups de fusil dans le dos, en 2012, après 47 ans d’un quotidien cruel. Frappée et violée quotidiennement, Jacqueline Sauvage n’avait jamais porté plainte, mais partageait son sort avec ses quatre enfants, dont l’un d’entre eux s’est suicidé quelques heures avant que son père ne soit tué.

Le storytelling ne peut que nous émouvoir : une mère de famille violentée pendant ses 47 années de mariage avec un homme cruel, pervers et incestueux envers ses filles, s’est saisie de son fusil après le suicide de l’un de ses enfants et a tiré trois balles sur son mari. On est obligé d’être attendri par le sort d’une mère courage, d’une femme victime de la violence de son mari de longues années durant et touchée par la mort de l’un de ses enfants. Tout comme l’on est obligé de trouver injuste, immorale et injustifiée la décision de justice qui l’a condamnée, en première instance et en appel, à 10 ans de réclusion criminelle.
Il ne s’agit pas là d’un meurtre, mais d’un acte de légitime défense nous dit-on. Une défense différée certes, mais légitime, indéniablement.

Un emballement médiatique, des lobbys et des soutiens politiques

C’est à partir du  procès en appel, que Jacqueline Sauvage est devenue un symbole des maltraitances faites aux femmes. En effet, lors de ce second procès les nouvelles avocates de Jacqueline Sauvage ont choisi de centrer leur stratégie sur la légitime défense. Une stratégie pour le coup plutôt surprenante au regard de la loi puisqu’aucune des conditions exigées par la loi n’était présente. A savoir :

N’est pas pénalement responsable la personne qui, devant une atteinte injustifiée envers elle-même ou autrui, effectue dans le même temps, un acte commandé par la nécessité de la légitime défense d’elle-même ou d’autrui, sauf s’il y a disproportion entre les moyens de défense employés et la gravité de l’atteinte.

Mais une stratégie réfléchie tout de même. En optant pour cette défense, les avocates de Mme Sauvage ont choisi de s’adresser autant à l’opinion public qu’aux juges et jurés. Elles transforment l’objet du verdict : il ne s’agit plus de juger la culpabilité de Jacqueline Sauvage, mais de redéfinir la légitime défense dans le cadre des violences faites aux femmes. En gros, puisqu’elle est coupable selon les lois actuelles, changeons les lois. C’est là précisément que Jacqueline Sauvage, ses avocates, quittent le terrain judiciaire et légal pour s’engager sur le terrain de ce « féminisme victimaire » (comme l’a dit Élisabeth Badinter). Dans la perspective féministe, deux avantages à l’affaire Sauvage :

– Elle permet de continuer le lobbyisme pour modifier les textes réprimant les violences faites aux femmes. Avec comme question centrale ici, la légitime défense. On a vu fleurir des propositions ahurissantes, de l’inversion de la charge de la preuve ( c’est-à-dire de demander au mort d’établir que son meurtre n’était pas dû à une riposte, WTF?) à la « légitime défense différée » (c’est-à-dire le meurtre).

– Elle tue dans l’œuf la question de la violence des femmes. Pour les partisan(e)s d’un certain féminisme, la femme est uniquement une victime, soumise et aliénée par « le patriarcat. » Et en tant que victime, elle n’est responsable de rien et ne peut être ni violente, ni coupable.

L’affaire Sauvage nous confirme (s’il en était besoin) que la violence des femmes existe.

Des faits plus nuancés qu’il n’y parait

Si on a transformé Mme Sauvage en symbole et que la décision de la gracier a été unanimement saluée par à peu près tout le monde, il n’en reste pas moins qu’elle est coupable d’un meurtre. Et que la version « médiatique » de l’histoire; victime pendant 47 d’un mari monstrueux qui l’aurait martyrisé, aurait violé ses filles et poussé son fils au suicide; n’est pas totalement conforme à la vérité. En se penchant sur le dossier judiciaire (via l’excellent site vududroit.com ) on apprend:

– Aucun témoignage accablant, hormis un unique certificat médical en 47 ans datant du lendemain du meurtre prévoyant une ITT d’un jour et les témoignages de Mme Sauvage et ses filles.

– Jacqueline Sauvage n’est pas la femme douce et soumise qu’on nous présente. Un exemple? Après avoir découvert que son mari avait une maîtresse, elle s’est rendue chez cette dernière pour la brutaliser, la courser en voiture, l’obligeant à se réfugier à la gendarmerie.

– Malgré la version proposée par les militants, il est établi que Madame Sauvage n’a appris la nouvelle du suicide de son fils qu’après avoir abattu son mari.

– Concernant les accusations d’incestes, je citerai là encore vududroit.com: « La délicate et douloureuse question de l’inceste n’a émergé qu’après la mort de Monsieur Sauvage. Les trois filles, qui ont aujourd’hui entre quarante et cinquante ans, n’avaient auparavant jamais évoqué de tels actes, qui se seraient donc produits il y a plus de trente-cinq ans. Leur mutisme ne prouve rien. Un petit détail curieux, quand l’une d’entre elle a eu un enfant, elle n’a pas hésité à le confier pour des périodes conséquentes à ses parents, malgré la dangerosité du père dont elle fait état aujourd’hui. » Je ne dirai donc pas que ce n’est pas vrai, mais qu’un doute est permis, les filles pouvant tout à fait mentir pour protéger leur mère (et si c’est le cas, je les comprends totalement).

– Enfin, pour annihiler tout doute quant à une légitime défense, précisons comment s’est déroulé le meurtre. Madame Sauvage, chasseuse de longue date, avait gardé dans sa chambre son fusil chargé. Tandis que son mari était sur leur terrasse ( et ne la menaçait donc aucunement), elle l’a abattu de trois balles dans le dos.

Gracier une coupable, c’est mépriser la justice

justiceA la lecture de ces éléments, vous admettrez que la situation semble plus nuancée que ce que l’on a pu entendre un peu partout. Loin de moi l’idée de réhabiliter le mari ou de faire passer Mme Sauvage pour un monstre. Mais il n’en reste pas moins qu’il y a eu dans cette affaire une personne tuée. Et son prénom n’est pas Jacqueline. Cette dernière est coupable d’un meurtre et a été jugée et condamnée comme telle. Quand bien même on peut lui trouver des circonstances atténuantes.

Ici, la justice a fait son travail correctement et cette décision judiciaire, comme tout autre, doit être respectée. A quoi servent les enquêtes, les magistrats, les greffiers, les jurys populaires? Si 21 citoyens jurés, 6 magistrats professionnels au cours d’un procès respectant toutes les procédures et après une investigation minutieuse, l’ont condamnés (en premier instance et en appel) il faut admettre la légitimité de cette décision. Et plus globalement respecter le processus judiciaire et laisser la justice faire son travail en toute indépendance. C’est ainsi que les choses doivent se passer dans un pays libre. Libérer Mme Sauvage face à la pression populaire et médiatique c’est pisser dans le sens du vent et mépriser la loi et l’application normale et indépendante de la justice.

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Morel Le Rogue

Explorateur des bas-fonds des internets, des bars louches et des milieux interlopes. Contempteur de l'infinie bêtise humaine, je traque la mesquinerie et la médiocrité. J'écris donc principalement sur la #politique, mais aussi la #culture et la #société, pour déverser ma bile avec morgue.

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