20 juil

De l’importance des savoirs fondamentaux

les 7 arts libéraux

Il est impossible de tout connaître. Cette affirmation partagée par tous nous amène à réfléchir à la question suivante : qu’est-ce qui mérite d’être connu de tous ? Il est temps d’extraire le savoir fondamental de l’enfer du relativisme.

Que penseraient Léonard de Vinci, Albert Einstein ou Montaigne des programmes scolaires actuels ? Sans même connaître le monde dans lequel nous vivons, leur avis serait certainement plus éclairant que celui d’un journaliste ou homme politique contemporain.

Le monde a beau évoluer en permanence, la connaissance et la clairvoyance d’esprit reste quelque chose d’immuable. On imagine que nos trois érudits, connus pour leurs connaissances transversales, seraient d’une aide précieuse face à ce monde où une Ministre de la culture assume ne pas avoir lu un livre en deux ans.

Ils disposent de connaissances basées sur un savoir fondamental. Ils ont acquis ces clés de compréhension. Cette capacité de traiter une information, de l’analyser au travers de différents prismes et d’en tirer des conclusions.

La maîtrise de la langue

Comme notre acuité visuelle délimite notre perception visuelle, nos connaissances délimitent notre perception du monde. Notre pensée est prisonnière de notre langage. Nous ne pouvons percevoir et concevoir que ce que nous pouvons nommer.

L’exemple Inuit

Bien que sujet de controverse linguistique sur son nombre exact, les Inuits disposent d’une pléthore de mots pour décrire la neige : qanik (neige qui tombe), aputi (neige sur le sol), pukak (neige cristalline sur le sol), aniu (neige servant à faire de l’eau), siku (glace en général), nilak (glace d’eau douce) ou encore qinu (bouillie de glace au bord de la mer). Cette richesse linguistique se traduit par une capacité à distinguer ce qui est pour nous une seule et même chose. Le monde des Inuits est ici plus vaste que le nôtre.

La maîtrise de la langue écrite et parlée a une double importance. Cette capacité de nommer, d’énoncer et de décrire le monde. Mais aussi celle de capter les informations, de recevoir. La langue est l’arme qui permet de recueillir, de comprendre et d’analyser ce qui nous entoure. Sans quoi nous serions condamnés à vivre en sourd et muet. Dans l’impossibilité de s’exprimer et de recevoir des informations.

Avant donc que d’écrire, apprenez à penser.
Selon que notre idée est plus ou moins obscure,
L’expression la suit, ou moins nette, ou plus pure.
Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément.
L’Art poétique, Nicolas Boileau (1674)

A noter que notre langue évolue et s’adapte pour décrire le contemporain. Il serait donc une erreur d’arrêter son apprentissage à la sortie des bancs d’école.

Mais le langage n’est qu’un des éléments de l’apprentissage. Quand on s’intéresse à l’enseignement du savoir on croise rapidement la route des Arts libéraux. Provenant de l’antiquité, ils ont traversé les âges jusqu’à se retrouver aujourd’hui cantonnés aux cercles universitaires. Les 7 Arts libéraux furent pourtant longtemps considérés comme le socle des connaissances fondamentales.

Le Trivium

Le Trivium est le premier socle des 7 Arts libéraux. Son point d’entrée est la Grammaire, à entendre comme la maitrise de la langue. Une fois celle-ci domptée, on enseigne la capacité à raisonner, à construire des arguments, à démontrer, à suivre une logique : la Dialectique. Et enfin la capacité à persuader et à convaincre via le discours : la Rhétorique.

Ce triptyque Grammaire, Dialectique et Rhétorique permet de s’exprimer, d’analyser et de discerner le vrai du faux. L’esprit critique va de pair avec la capacité d’apprendre, comme un moyen de protéger des fausses vérités et des idéologies sous-jacentes de l’enseignement. Loin d’une administration de savoir, il s’agit de former les esprits à l’apprentissage.

Esprit critique : l’aveu d’échec

L’ignorance de la Dialectique et de la Rhétorique dans notre système éducatif mène à ce constat terrible. La communication d’État, ne serait-ce que face à la propagande terroriste et aux théories du complot démontre que le Pouvoir — dans le sens de Bertrand de Jouvenel — ne croit pas en la capacité du citoyen à exercer son esprit critique. On voit fleurir les campagnes de communication publique à cet effet, comme le site On te manipule.fr. Sous couvert d’aiguiser l’esprit critique du citoyen, c’est l’aveu d’échec de tout un système. L’individu n’en étant plus capable, le Pouvoir se désigne comme tuteur du discernement.

Pourquoi être terroriste quand on peut être humoriste

Les trois Arts du Trivium sont une première réponse à cette carence de discernement mais ne sont pas un tout. Une fois ceux-ci maitrisés, l’enseignement s’ouvre sur le Quadrivium.

Le Quadrivium

Le Quadrivium, dénommé parfois « sciences mathématiques », se compose de quatre Arts : l’arithmétique, la musique, la géométrie et l’astronomie.

On pourrait par exemple se questionner sur l’utilité de la musique. Et noter à ce titre que sa quasi-absence dans notre système éducatif n’est pas préjudiciable aux élèves. Mais l’esprit des Arts libéraux est de donner des outils compréhension du monde. Et ces outils semblent intangibles.

Celui qui maitrise le Trivium et le Quadrivium pourra apprendre par lui-même les sciences mineures comme la géographie, l’économie ou les sciences sociales. Le caractère mineur et majeur des sciences n’est lié qu’à l’explication d’une science par une autre. La géométrie — science majeure — est essentielle à l’étude de l’architecture. La réciproque n’est pas vraie.

Les 7 Arts libéraux ont longtemps été considérés comme le socle du savoir fondamental. On parlerait aujourd’hui du « écrire, lire, compter » ou du « Français – Mathématiques ». En remarquant que ces slogans font pâle figure face à ce qui incluent une capacité à discerner, à analyser et à convaincre.

Savoir vs. stratégie d’apprentissage

Ce savoir ne dit cependant rien de la façon dont il doit être inculqué. Diverses approches pédagogiques existent : Montessori, Freinet, méthode syllabique… Un libre choix semble essentiel tant les publics et leur réceptivité sont divers. A chacun de choisir la stratégie d’apprentissage la plus adaptée à lui-même ou à son enfant. Freinet rejettera d’ailleurs le terme de « méthode Freinet », indiquant que ses techniques peuvent et doivent évoluer en fonction du contexte et du public.

La confusion entre méthode d’apprentissage et savoir à inculquer sont source de remaniements incessants des programmes. Là où est plutôt attendu une évolution des méthodes. Les professeurs eux-mêmes sont victimes de la rigidité d’un système les empêchant d’innover et de s’adapter aux publics.

Les nouvelles techniques au service de l’enseignement

Freinet demandait d’adapter, de tester et d’expérimenter. Il semble avoir été entendu, mais pas par ses pairs. Regardons l’évolution de techniques de communication comme le story telling et son impact sur la mémorisation. Regardons ces conférences TED suivies avec engouement et qui captent l’attention avec brio. Malheureusement ce vent novateur n’est pas entré dans l’école, il l’a contourné.

L’innovation s’est installée en parallèle. Comme si cette école sclérosée, incapable de se repenser, n’attendait plus que sa propre mort. Que toute tentative de la ranimer était devenue inutile.

Ce fatalisme ne répond pourtant à rien de censé. Un produit de qualité mérite d’être rendu attractif. Certains crieront à l’ère du marketing dans l’école. De l’ultra-turbo-libéralisme. D’autres rappelleront que le Trivium antique se composait déjà de la Rhétorique, cet Art de convaincre aujourd’hui oublié.

Le rôle de l’école

Le rôle de l’école est-il d’apprendre un savoir ? A toute évidence oui. Mais à quel prix et comment inculquer ce savoir. On ne créé pas les citoyens démocrates de demain avec une école basée sur un système dictatorial. L’école a également un devoir d’exemplarité.

Trois conceptions du rôle de l’école s’opposent.

  • Celle du savoir-être : devenir un citoyen qui s’insère dans la société
  • Celle du savoir-faire : devenir un professionnel qui s’insère dans le monde professionnel
  • Celle du savoir fondamental : devenir un individu capable d’apprendre par soi-même

L’école comme usine à citoyen

Depuis 1905 et la séparation de l’Église et de l’État, l’école est dans une position inconfortable avec les questions d’éthique et de morale. La religion d’État a été remplacée par la religion étatique : la citoyenneté. Les valeurs véhiculées se basent sur des concepts d’éducation civique et de vivre-ensemble. La morale s’est vu boutée hors de l’école par la grande porte. On essaie de la faire re-rentrer par la petite.

L’extrémisme laïc a balayé la morale au point d’en effacer toute trace de ses livres scolaires. Il ne s’agit pourtant pas d’en dresser la liste, avec ce qui est bien d’un côté et ce qui est mal de l’autre. Mais de permettre de discerner l’un de l’autre. Le rôle d’une école d’État ne peut se limiter à dicter la loi, à distinguer ce qui est interdit de ce qui est autorisé . Au risque d’oublier que légal et moral ne sont pas synonymes, et qu’une loi du 11 décembre 1942 a imposé la mention « juif » à l’encre rouge sur les cartes d’identité françaises.

L’école comme usine à salarié

L’école comme formation d’un professionnel prêt-à-l’emploi.

N’apprendre qu’à appliquer est également un dangereux pari sur l’avenir. L’essor des formations accélérés en développement informatique en est un bon exemple. Elles permettent souvent de trouver un emploi du jour au lendemain. Un bénéfice énorme face au chômage qui guette nombre d’étudiants en fin de scolarité.

Mais en apprenant un langage spécifique, qui aura peut-être disparu dans 3 ans, ils deviennent les ouvriers des temps modernes. A la pointe de l’appareil productif, ils pissent du code sans réfléchir. Leur manque de flexibilité est un handicap fatal, dans ce monde où les métiers du tertiaire mutent les uns après les autres.

Le danger d’appliquer sans connaissances profondes est omniprésent. Cela rappelle ces centaines de plaisanciers qui partent chaque jour en mer en se fiant aux feux verts de sites météorologiques. Pourquoi font-ils cela ? Car ils ne savent pas lire la pression atmosphérique et n’ont aucune connaissance des vents. Leur vie tient à la fiabilité d’un site internet et d’une mention « vous pouvez sortir en mer aujourd’hui ».

Ces écoles spécialisées, avec toutes les qualités qu’elles possèdent, ne peuvent se substituer à un apprentissage initial et fondamental.

L’école comme lieu de savoir : non au relativisme

Dire que toute chose se vaut est un sophisme. Un poison dangereux. Les degrés de savoirs existent. Avec des savoirs fondamentaux qui permettent d’accéder à des savoirs mineures. Créer cette confusion revient à passer au premier plan des éléments secondaires. Et, effet logique, estomper ce socle qu’est le savoir fondamental.

Les Arts libéraux ne sont que préliminaires. Tant il sera important de connaître la médecine, la biologie, la finance, la géographie, la cuisine, l’informatique… pour comprendre le vivant et le matériel. Laissons à chacun la liberté de se spécialiser en fonction de ses sensibilités et de son intérêt personnel. Puisqu’il sera désormais en mesure d’apprendre par lui-même.

Au-delà de l’école

Combien de managers ou d’enseignants n’ont aucune connaissance des classiques de la communication, de la pédagogie ou de la psychologie. Pourtant considérés comme la base de ces métiers. Comment peut-on même imaginer exercer sans connaître les pulsions qui habitent les individus. Sans avoir lu Freud. C’est pourtant la réalité de la médiocrité quotidienne. Médiocrité acceptée car difficilement évaluable. Difficile de trouver le bon indicateur tant la corrélation entre les résultats et leurs causes sont complexes.

Connaître les référents du domaine

Dans cette complexité, une chose reste des plus fiables : trouver ses référents. L’idée de maître à penser est présente derrière chaque grand homme. A nous de trouver de qui s’inspirent les gens qui nous inspirent. De piocher dans les façons de faire de ceux qui réussissent. D’apprendre l’histoire de notre passion, de notre profession. Loin de l’idée d’obéir à un gourou.

Ces maîtres à penser, célèbres ou anonymes, représentent ce à quoi l’on aspire réellement : l’intégrité dans la réussite, la capacité à conserver sa famille unie dans l’adversité, l’art de captiver les foules…

Le savoir et l’intelligence

Nombre d’hommes intelligents ont été mal loti en savoir. Un analphabète peut démontrer une formidable logique, être un prodige du Poker ou des Échecs. L’intelligence ne s’apprend pas, il s’agit plutôt de l’Art de trouver une solution nouvelle à un problème nouveau. Cela démontre uniquement que la différence entre savoir et intelligence existe.

La réalité en est un peu autrement. Car, bien que l’intelligence ne soit pas l’attribut des savants, le savoir est l’allié des hommes intelligents.

Charlie Munger, investisseur associé de Warren Buffet, en est un formidable représentant. Selon lui, croiser les savoirs fondamentaux permet de comprendre ce qui nous entoure et de prendre les bonnes décisions. Au croisement de plusieurs domaines de compétences.

Il ne faudrait ainsi délaisser aucune science. Ne s’enfermer dans aucun domaine mais tenter de tout connaître. Cette universalité se retrouve jusque dans le mot Université, composé d’Univers. Cette ouverture vers le monde tout entier.

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