16 déc

Être une bonne pute à pourboire

L'Art du pourboire

Obtenir des pourboires est un art qui nécessite certaines compétences. Votre serveur, bagagiste ou voiturier l’a bien compris, cela n’a rien à voir avec la méritocratie.

Impossible de feuler ou de griffer au visage son collègue pour s’approprier la plus belle proie. Dans le monde de l’hôtellerie de luxe le combat se joue en coulisse, à l’abri des regards.

« Se faire tipser » comme on dit dans le jargon, n’est pas un tâche que l’on accomplit en faisant cavalier seul. Cela nécessite l’aide, ou du moins le non-sabotage, de ses collègues. La fenêtre de tir est restreinte : quelques minutes au plus, parfois un simple au revoir. Coordination, stratégie et beaucoup de mesquinerie à déployer pour un potentiel billet.

La clé du succès est connu de tous : plus on est proche du client plus on palpe. Aucun mérite n’existe dans le pourboire de luxe.

Tu as fait combien aujourd’hui ?

Oubliez la satisfaction client écrite en lettres capitales sur le Powerpoint en formation. L’unique question que vous poseront vos collègues c’est : combien tu as fait aujourd’hui ? Question-piège, les mercenaires et les fanfarons ne sont pas les bienvenus.

Misez sur la discrétion. Pour ne pas attiser la convoitise et la jalousie, ne donnez jamais de montants excessifs. Ne prenez pas non plus vos collègues pour des imbéciles. Tout finit par se savoir. Femme de chambre, réceptionniste, homme d’entretien… tout ce petit monde piaille à la pause-café.

Être le bon gars

Partagez vos pourboires avec vos collègues de manière visible. Vous serez perçu comme le bon gars de l’équipe. N’hésitez pas à lancer un trait d’humour sur Jordan au passage : « on ne te voit pas avec beaucoup d’argent, t’es un malin toi ». Ni vu ni connu, le doute s’installera sur ce petit con qui a tenté de vous saboter la veille.

Les bons gars sont récompensés, surtout lors des pourboires collectifs :

- On vient de récupérer 800 dollars de la chambre 512, on était combien à la servir aujourd’hui ?

- On était quatre mais on peut diviser en trois et ne rien dire à l’autre con, ça vous va ?

- Marché conclu.

Ni vu ni connu, Jordan n’emmènera pas sa copine en voyage à Noël.

Tirelire cochon

Insérez des pièces dans le personnel, il adore ça.

Déléguez les tâches inutiles

Le contact avec le client est primordial. Il serait bête de devoir garer une voiture alors que votre client préféré quitte l’hôtel. Utilisez un collègue faible comme joker quand votre temps est précieux. Vous lui rendrez pendant l’une de vos nombreuses périodes d’oisiveté.

Garer les voitures reste par excellence la tâche à confier aux subalternes. Le parking de votre hôtel est absent d’encouragement financier, le client est déjà à l’intérieur. A part les caméras de surveillance et les managers, personne ne se préoccupe de vous en ces lieux. Ramener le bolide au pied du client et tenir la portière à sa greluche est bien plus avantageux.

Avoir le bon timing

Les grands hôtels raffolent de l’étiquetage ; quand une chambre est prête, un ticket arrive. C’est le signal pour monter les bagages en chambre. Gardez précieusement ce ticket, il vaut mieux que le client attende ses bagages plutôt que de trouver une chambre inhabitée à votre arrivée.

La stratégie s’inverse lors de la descente des bagages. La réception lance l’alerte : le portefeuille quitte l’hôtel. Retrouvez-le dans sa chambre avant qu’il ne prenne l’ascenseur. Les bagages laissés dans le couloir ou en chambre ne permette qu’un ultime combat pour le tips : dans la cour au milieu des autres renards.

Oubliez la satisfaction client

Oubliez le mythe du client satisfait qui donne pour la première fois de sa vie. Quand vous êtes en temps-plein pourboire, statistiques et probabilités sont vos meilleures alliées. Pour arrondir vos fins de mois ne cherchez l’exception, misez sur ce qui marche.

Identifier les bienfaiteurs

Le client qui a un billet à donner le donnera. A moins d’être un parfait abruti, un novice a autant de chance que vous de devenir la tirelire-cochon du premier fortuné qui passe.

Malheureusement peu d’indices permettent d’identifier les bienfaiteurs. Dans l’incertitude misez sur la race pour identifier le généreux envers les domestiques. Voici un rapide aperçu du classement :

  1. L’Asie (en premier lieu la Chine) reste au sommet de la générosité. Les Chinois qui traînent dans les hôtels de luxe accordent peu d’importance à leur argent. Sûrement un arrière-goût de communisme qu’ils partagent avec les Russes. Ils ne l’ont pas vraiment gagner et sont prêts à le partager avec vous sans rechigner.
  2. Les Américains du Nord. Chez eux le pourboire est de coutume. Le sous-fifre, au salaire souvent faible ou inexistant, a besoin de pourboires pour nourrir sa famille. Ils vous rempliront les poches en pensant accomplir un devoir moral.
  3. Les Européens. Contrairement à l’image du Français (reconnu comme une pourriture  tout autour du globe) les autres Européens donnent facilement pour le service fourni et la qualité de l’établissement.
  4. Oubliez les Américains du Sud, les Arabes, les Africains et les Français. Les chances sont trop faibles pour s’y attarder.

Délaisser les clients inutiles

Au même titre que certains sont des bienfaiteurs, d’autres clients méritent d’être délaisser.

Le couple ou la famille backpacker. Venus pour arpenter la région avec un équipement lourd (que vous porterez pour eux jusqu’à leur chambre) ils n’ont aucune préoccupation du genre humain. Tenter de vous déguisez en pin centenaire ou en champignon, sinon ils ne vous donneront pas un centime.

Les parents avec un bébé. Les familles avec un enfant en bas âge ne se préoccuperont que de lui. Vous aurez beau les aider pendant 30 minutes avec leur poussette, armada de sacs, couffin… il faudra se contenter d’un « merci » avant de les voir se remettre à quatre pattes pour jouer avec l’avorton. Leur obnubilation est doubler d’un faible pouvoir d’achat dû aux indécentes dépenses qu’entrainent la procréation.

L’antithèse de la méritocratie

Est-ce que votre bagagiste, voiturier, serveur se soucie de votre satisfaction ? Dire non serait mentir, dire oui le serait tout autant. Le serviteur vous abandonnera poliment au premier signe de faiblesse.

Tout comme les pédophiles travaillent en centre aéré, les braqueurs de diligence privilégient certains postes. Les femme de chambre, cuisinier, réceptionniste, homme d’entretien, jardinier sont tout autant méritant que votre voiturier. Ils ne toucheront pourtant jamais un billet.

Comme le disait le Renard, apprenez que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute.

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