12 jan

Babylone 2.0 : misogynie à part

Page Facebook Babylone 2.0

Les groupes facebook Babylone 2.0 et Garde Ta Pêche ont récemment défrayé la chronique. Ils étaient dédiés à la publication de photos et vidéos intimes de conquêtes féminines. Un énième plongeon dans la diffusion de l’intime sur internet.

Le 5 janvier dernier plusieurs sites féministes, principalement 2 girls 1 mag, sortent l’affaire au grand jour. 52 000 hommes (titré « 52 000 connards » dans l’article) partagent photos et vidéos intimes de leur conquête sur deux groupes secrets. Les clichés sont principalement pris à l’insu des protagonistes.

Comme tout groupe secret sur Facebook, ces derniers sont introuvables et inaccessibles. Sauf sur invitation de l’un des membres. Le lendemain de l’annonce, Facebook suspend les groupes de son réseau social.

Une forme d’intelligence ?

Howard Gardner décrivait huit formes d’intelligence : linguistique, logico-mathématique, musicale, visuelle-spatial, kinesthésique, naturaliste, interpersonnelle et intrapersonelle.

Après analyse rapide, vous remarquerez qu’aucune n’est associée à la diffusion de clichés dénudés sur le net. Cela s’apparente tout au mieux à une expression narcissique ou à un désir de vengeance mais en rien à une forme, même primitive, d’intelligence.

L’envie de diffuser de tels clichés, de soi ou d’une tierce personne, peut aisément être rangée dans la catégorie « très mauvaise idée ». Comme le rappelait notre article sur Périscope et ses utilisateurs, internet n’oublie pas. Pire encore, il propage sans contrôle.

L’heure de la vengeance a sonné !

La cohorte féministe semble reprendre du poil de la bête et veut à tout prix la tête du coupable (ou de quelqu’un dans l’assemblée). Mais qui incriminer dans cette affaire ? Les fondateurs, ceux qui alimentent ces groupes, ceux qui les commentent ou l’ensemble des membres ?

Guillotine numérique Babylone 2.0

Incriminer les « 52 000 connards » est une ineptie quand on connaît le fonctionnement de Facebook. En effet vos amis n’ont pas besoin de votre accord pour vous ajouter à un groupe.

Concernant les participants, la responsabilité est diluée. Aucun leader, pas d’objectif fixé, aucune intention revendiquée… L’incrimination peut se faire publication par publication mais non dans son ensemble. D’où la difficulté qu’ont les blogueuses militantes et autres journalistes à définir avec pertinence ce qui se passe sous leur yeux. Revenge porn, slut shaming, fin du monde… difficile de mettre un mot sur cette constellation d’actes mués par diverses intentions.

Misogynie à part

Après plusieurs jours de réflexion sur le sujet j’ai enfin compris. Compris pourquoi ce qui semblait heurter tant certaines blogueuses féministes m’en touchait une sans faire bouger l’autre.

J’ai d’abord pensé que c’était dû à mon rang supérieur, celui d’homme. Privilège qui me rend sourd aux souffrances des femmes, être faible et victimaire par définition.

Mais le problème ne venait pas de là.

En effet, la sortie de cette affaire n’a pas suscité en moi l’émoi escompté, et ce pour une toute autre raison. Un fonctionnement propre à mon cerveau que j’arrive enfin à retranscrire. Qui me permet de ne plus m’étonner de ma propre non-indignation. Je résumerai ma pensée en cette formule :

En mettant ses mains au plus profond des chiottes on y trouve souvent de la merde.

Cette affaire permet tout au mieux de prouver que les toilettes du web sont bel et bien semblables à celles de la vraie vie. #InRealLife

Je m’étonne même de la réciproque. Comment peut-on penser quand fouillant avec ardeur dans les tréfonds du web (rappelons qu’il s’agit ici d’un groupe secret sur Facebook) on ne trouve pas des animaux des profondeurs, des choses laides et infâmes.

Suis-je obligé par devoir moral de plonger dans ces tréfonds pour trouver quelque chose et le combattre ? Non.

Non. Ces groupes ne méritent pas d’être mis en lumière et d’occuper autant l’espace médiatique.

Non. Je ne plongerai pas mon indignation personnelle dans les toilettes de l’autoroute A7 en plein mois d’août.

S’indigner facile ? Autant parier qu’en enregistrant 5 minutes dans une caserne de gendarmes à l’heure de l’apéro on entende des propos raciste et misogyne.

Un travail d’amateur

Trouver un groupe sur le plus grand réseau social et puritain du monde ne relève pas du casse du Siècle. Ce groupe, bien que dégradant envers les femmes, n’est le fer de lance de rien du tout.

Le casse du Siècle

Son existence n’est pas la résultante d’un « trop de liberté » comme l’avancent les moutons de l’Empire du Bien. Il s’agit bel et bien d’une observation de chiotte au télescope. Un travail d’amateur, monté en épingle par des personnes qui ne cernent pas les enjeux et menaces numériques d’aujourd’hui (et non pas de demain).

Le harcèlement et les attaques à la réputation numérique est un sujet sérieux. Les réponses restent malheureusement lentes à trouver. Des questions d’anonymat des auteurs, de responsabilité des diffuseurs, d’application de droit national sur le net ou de droit à l’oubli se posent.

A croire qu’il est temps de sortir la tête de la cuvette.

Le cadre légal Français

En France, le code pénal rappelle dans son article 226-1 que porter atteinte à la vie privée d’une personne est puni d’un an d’emprisonnement et de 45 000 € d’amende.

La loi pour une République Numérique, promulguée le 7 octobre 2016, considère le caractère sexuel des publications. Elle augmente la sentence à :

Deux ans d’emprisonnement et 60 000 € d’amende pour les paroles et les images présentant un caractère sexuel prises dans un lieu public ou privé.

Le consentement de la personne à la diffusion est le second élément. Ne pas confondre consentir à la diffusion et consentir à la prise du cliché. Détenir, même sans les avoir voler, des photos de son ex n’induit pas le droit de les propager sur le net.

A noter qu’il existe en France une « présomption de consentement ». Si vous mettez en ligne des photos de votre ex devant ses yeux sans qu’elle ne s’y oppose alors son consentement est présumée.

Un peu d’histoire : l’affaire The Fappening

The Fappening est sans doute l’histoire de diffusion intime la plus populaire. Avec la diffusion de photos de près de 60 stars (Jennifer Lawrence en tête de proue) le 31 août 2014. Les clichés ont été dérobés via une campagne de fishing visant les comptes iCloud et Gmail des célébrités.

La sentence est moins connue du public. Deux ans après l’affaire, un homme de 36 ans vivant en Pennsylvanie a été condamné à 18 mois de prison par la Justice Américaine.

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