07 avr

Les dérives de l’antiracisme en France

le racisme c'est fini, l'antiracisme a gagné

L’antiracisme en France, bien que paré des intentions les plus louables, est aujourd’hui complètement dévoyé et apparaît comme une source de communautarisme. Victime d’une logique de concurrence victimaire et de la haine à peine voilée de certains militants à l’égard de la France.

Avant d’aborder l’épineux sujet de l’antiracisme, une petite précision : je n’aime personne et je ne vois pas pourquoi je ferais une exception pour les noirs, les arabes ou les jaunes.  Mon antiracisme à moi c’est une haine de la race humaine dans son ensemble. Voilà pour la précision.

Intéressons nous au développement de l’antiracisme en France après la seconde guerre mondiale.  On peut dater le début de la grande aventure aux années 70 et 80 avec l’émergence de la seconde génération (les fils de) d’immigrés maghrébins et subsahariens. D’abord avec la loi contre le racisme, dite loi Pleven de 1972. La Marche pour l’égalité et contre le racisme, du au

La récupération de la marche des beurs par le pouvoir politique

Mais c’est après la marche des beurs qu’apparaît le vrai problème : la récupération du mouvement antiraciste par les politiciens avec la création de SOS Racisme. Les caciques socialistes et l’habile Mitterrand y voient une opportunité de surfer sur la vague et faire mousser leur popularité. SOS Racisme a été créée de toutes pièces par le pouvoir socialiste en place, clairement dans un objectif de récupération politicienne de l’initiative citoyenne d’origine.

touche pas a mon pote, le début de l'antiracisme dévoyé

L’association se fera rapidement connaître avec son slogan Touche pas à mon pote et la main jaune, devenue culte. Ce slogan en dit long sur le changement de paradigme initié par l’association. En effet, si on dit « Touche pas à mon pote », c’est que cette prise de parole vient nécessairement de blancs, non victimes du racisme mais plutôt instigateurs de celui-ci, qui prétendent défendre leurs « amis » issus de l’immigration contre le racisme. En somme du pain béni pour les Jean-Eudes, gauchistes, jeunes (pour la plupart) et  humanistes, de s’afficher contre le racisme et les discriminations. La rupture est prégnante dès le début, puisque ce ne sont plus les victimes du racisme, les indigènes de la République, qui sont appelés à s’exprimer sur le sujet. Si initialement l’association est ouverte à tous, quelle que soit l’orientation politique, elle est rapidement reprise en main par des éléments gravitant autour du PS et du parti communiste.

Un antiracisme en crise

Le livre Histoire secrète de SOS Racisme écrit par Serge Malik, l’un des fondateurs du mouvement et qui en démissionnera, dénonce – comme François de Closets – une instrumentalisation politique de l’antiracisme à travers SOS Racisme, une surreprésentation de membres de l’Union des étudiants juifs de France et une marginalisation des « beurs »

Une série de concerts, initiative festive et grand public, viendra remplacer la lutte pour des principes et des idées par le strass et les paillettes. Un changement  représenté par les deux figures de proue de SOS Racisme : Harlem Désir et Julien Dray. Des concerts rendus possibles par la pluie de subventions qui s’abat sur SOS Racisme et l’engouement populaire qui l’accompagne. Une page est tournée, déjà, et l’antiracisme en France ne sera plus jamais le même.

L’idée selon laquelle l’antiracisme serait en « crise » s’est ra­pidement répandue depuis (au moins) la fin des années quatre‑vingt, non seulement en France mais aussi dans d’autres pays comme les États‑Unis ou la Grande‑Bretagne.[…] La crise ne se réduit pourtant pas à ces seules difficultés financières : elles sont surtout révélatrices d’un faible renouvellement des effectifs et des conséquences d’un contexte politique moins favorable à des organisations marquées à gauche. La « crise » de l’antiracisme à laquelle on assiste actuellement revêtirait deux formes : d’une part, celle des structures organisa­tionnelles ou associatives traditionnellement porteuses de l’antiracisme « organisé » en France ; et d’autre part, la disparition ou la mise en veilleuse de l’antiracisme comme projet politique de transformation radicale des rapports sociaux au nom de valeurs telles que justice sociale, égalité ou solidarité.

Source: Constructions et mutations de l’antiracisme en France, Robert Gibb

Un antiracisme qui vire au communautarisme

Mais plus de trente années plus tard que reste-t-il de cet antiracisme ? Qu’est devenu l’antiracisme aujourd’hui ? Impossible de ne pas constater que l’horizon s’est assombri. Nous sommes loin des débuts en fanfare de SOS Racisme et des concerts 1,2,3 Soleil. Le mouvement antiraciste et les différents collectifs qui le composent sont plus divisés que jamais. On est passé d’une revendication universaliste, contre le racisme, les discriminations et pour l’égalité, à de nouvelles formes de militantisme. Un antiracisme communautaire en quelques sortes, où chaque minorité va aller porter ses revendications spécifiques, dénoncer ses problèmes spécifiques. On assiste à une sélection des victimes, une concurrence de la victimisation, entre les arabes, les noirs, les musulmans, les juifs. Ainsi, nous pouvons mentionner le collectif MWASI (les Afro-féministes), le CCIF (contre l’islamophobie), la Voix des Roms (contre la Romophobie) etc. Autant de collectifs qui luttent pour leurs intérêts particuliers et contre leur « phobie » spécifique. On appréciera ces néologismes, vides de sens, qui participent pleinement à la concurrence victimaire.

anastasia colosimo: les lois antiracistes amènent au communautarisme
Comme je l’évoquais déjà dans un article précédent (France et liberté d’expression, un amour contrarié), les différentes lois antiracistes successives, malgré leurs bonnes intentions réelles, ont eu des effets pervers. Quant à la liberté d’expression et de penser d’une part, mais également dans les revendications communautaires qu’elles permettent. Anastasia Colosimo, dans son livre Les Bûchers de la liberté, le démontre bien.

Deuxième problème : l’autorisation faite aux associations de porter plainte au nom d’une communauté. C’est une véritable tragédie. On bascule dans la dynamique de l’Ayatollah Khomeini. […] Si Charb est devenu connu, si Charlie a été mondialement célèbre, c’est aussi à cause du procès qui leur a été intenté en 2007 [par le recteur de la Grande Mosquée Dalil Boubakeur]. Il ne s’agit pas de chercher un coupable, mais de souligner que cette loi enferme les musulmans. Car elle laisse entendre que tous les musulmans – et non pas seulement l’un d’entre eux, qui se sentirait particulièrement heurté par les dessins de Charlie – intentent collectivement un procès pour blasphème. Et ça change tout. L’amalgame est dans la loi. S’il y avait une exception française, c’était de dire et de répéter qu’il n’y a pas de corps intermédiaire, dans la justice de notre pays, entre les citoyens et l’État. Nous sommes tous citoyens français, point. La loi Pleven dit : vous êtes juif, musulman, chrétien, et vous « appartenez » à une communauté.

Anastasia Colosimo, dans une interview pour Télérama

La loi Pleven et les nombreuses autres qui suivront (contre le négationnisme, le génocide arménien, la traite négrière…), vont amener à une concurrence victimaire et mémorielle des différents groupes. Et avec l’intention louable de protéger les communautés, on va ouvrir la porte à un véritable communautarisme des minorités. Les noirs défendent les noirs, les musulmans défendent les musulmans et ainsi de suite. Une logique malsaine, qui attise les tensions au lieu de les apaiser.

Les blancs, ces monstres racistes

Dans les esprits étroits et remplis d’une haine à peine dissimulée d’une frange du mouvement antiraciste, tout racisme en France est reporté à l’histoire coloniale du pays. Dans le discours de certains, la France  est coupable par essence et se doit d’une repentance éternelle pour ses crimes et spoliations passés. Par truchement idéologique, le racisme ne semble plus qu’être un racisme de blanc, contre les anciens colonisés. Racisme d’État et racisme des français eux-mêmes. Une analyse caricaturale, rejetant la faute en bloc sur l’autre. L’autre étant ici le Français « de souche », le bon babtou innocent et humaniste, coupable de tous les torts et dont les blanches mains sont tâchées du sang de millions d’Africains (Africains uniquement, puisque les Vietnamiens, anciens colonisés, n’ont pas voix au chapitre, faute d’association et de phobie particulière) sur les mains. En tant que Français blanc, je devrais donc me repentir éternellement des fautes de mes ancêtres.

antiracisme les blancs sont tous racistes

Le message antiraciste: les blancs sont tous racistes par essence

 

 

Je citerai ici (chose exceptionnelle) Laurent Joffrin dans un édito pour Libération en date du 4 avril 2016 :

Le racisme anti-Noirs et antimusulman, dit-on, serait lié à un «impensé postcolonial» hérité du passé et qui affecterait peu ou prou l’ensemble de la société française. Ainsi tout Français, serait-il antiraciste, progressiste, anticolonialiste ou même musulman lui-même, serait sujet à cette mentalité inconsciente. Cette théorie essentialise la culture française, qualifiée de «postcoloniale» par nature, (alors que ses promoteurs se battent par ailleurs contre «l’essentialisme»), permet d’accuser de racisme à peu près n’importe quel acteur public, dès lors qu’il critique une religion.

On en arrive à une situation perfide, où les acteurs de l’antiracisme actuel sont les premiers racistes (je pense ici à Houria Bouteldja notamment), racistes anti-blancs, racistes anti-colonisateurs, racistes anti-France. On a tôt fait d’être qualifié de racistes par ceux-là, sous n’importe quel prétexte, pour le moindre mot plus haut que l’autre. Est islamophobe celui qui émettra un avis un tant soit peu critique de l’Islam, est négrophobe un tel qui fera remarquer que les meilleurs sprinteurs sont tous noirs etc.

Cette vision biaisée du racisme en France n’est pas seulement le fait des multiples associations qui pullulent. Mais il s’est diffusé jusqu’au sommet de l’État, comme on a pu le voir dans les clips #TousUnisContreLaHaine du gouvernement Valls. Des clips au format publicité, caricaturaux et orientés, qui furent diffusés juste avant les attentats de Bruxelles. Funeste timing.

On sortira difficilement de cet engrenage, où les antiracismes (puisqu’il faut aujourd’hui parler DES racismes), sont des moteurs du communautarisme et du racisme lui-même. Encore une fois la preuve que des meilleures intentions peuvent naître les plus grands maux.

 

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Morel Le Rogue

Explorateur des bas-fonds des internets, des bars louches et des milieux interlopes. Contempteur de l'infinie bêtise humaine, je traque la mesquinerie et la médiocrité. J'écris donc principalement sur la #politique, mais aussi la #culture et la #société, pour déverser ma bile avec morgue.

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