13 mar

12 arguments pour légaliser le cannabis

feuille de cannabis

La légalisation du cannabis est un sujet de société qui fait régulièrement débat. Notre classe politique refuse cependant de l’aborder. Vous êtes pour ? Voici 12 arguments à jeter à la figure des conservateurs.

Manuel Valls l’a répété en juillet dernier, le gouvernement n’entend pas changer la ligne historique des gouvernements successifs.

On peut toujours débattre, mais le débat est clos (…) le gouvernement ne prendra aucune initiative qui légalise, autorise, dépénalise l’usage du cannabis.

La France est pourtant le premier pays européen en terme de consommation de cannabis chez les jeunes. 45% déclarent avoir déjà fumé un joint selon la Mildt.

#1 Les rapports mondiaux partagent le constat d’échec

La “War on drugs” a été déclarée en 1971 par le Président Nixon.

Les instances internationales s’accordent sur le constat d’échec mondial. La première recommandation du rapport de la Commission mondiale sur la politique des drogues (2011) est éloquente :

Les dirigeants politiques et les personnalités publiques devraient avoir le courage d’énoncer publiquement ce que nombre d’entre eux pensent tout bas : les faits démontrent de façon éclatante que les stratégies répressives ne résolvent pas la problématique des drogues, la « guerre à la drogue » est vouée à l’échec.

L’Organisation américaine de défense des droits de l’homme partage également ce point de vue. Le rapport de juin 2011 est consultable ici dans sa version française.

#2 Aucun lien entre nocivité et légalité

L’équipe de scientifique The Lancet a publié en 2007 un rapport qui classe par toxicité une large gamme de psychotropes.

Les nuisances réelles et potentielles sont présentées dans le schéma ci-dessous. Comme on le remarque, aucun lien entre la prohibition et la nocivité des produits.

Les catégories imputées aux différentes substances dans les traités internationaux ont besoin d’être actualisées à la lumière des connaissances scientifiques actuelles.

Evaluation indépendante du niveau de risque

#3 Des patients pas des criminels

Comme l’a rappelé Navanethem Pillay, Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l’Homme : « Les personnes consommant de la drogue ne sont pas déchues de leurs droits humains. Trop souvent, les usagers de drogue sont victimes de discrimination, sont forcés d’accepter
des traitements et sont marginalisés. Ils souffrent d’approches portant de manière excessive sur la criminalisation et la répression au détriment de la réduction des risques et du respect des droits de la personne.»

En cas de dépendance, une légalisation permet de remplacer le statut de criminel par celui de patient. Effacer les risques de stigmatisation et marginalisation rend opérante la prise en charge des malades.

#4 Droit naturel et liberté sont les fondements de notre société

Chaque individu est propriétaire de son corps. Au regard du droit naturel il en a l’usus, le fructus et l’abusus.

L’usus est le droit de l’utiliser (pour se déplacer, dormir, manger…). Le fructus est le droit d’en tirer profit (en travaillant, se prostituant…). L’abusus est le droit d’en abuser, en mangeant trop gras, trop salé, en se suicidant ou en se droguant.

Nul n’est plus légitime que l’individu, propriétaire de son corps, pour décider du libre usage qu’il en fait.

#5 Dépendance, addiction et recherche médicale

Si l’on considère qu’il faut soigner les addicts au cannabis, alors il faut que la médecine se penche sur la question. Pour l’heure peu de moyens et de légitimité sont accordés aux recherches sur le sujet. Difficile donc de trouver des solutions adéquates, comme ce peut être le cas avec les dépendances au tabac ou à l’alcool.

Les rares études à notre disposition démontrent un faible caractère addictif du cannabis par rapport à d’autres drogues légales et illégales.

addictions-drogues-frise

#6 Des vertus thérapeutiques

Avec l’évolution des connaissances scientifiques, le cannabis est désormais prescrit pour ses vertus antiémétiques (soins des nausées et vomissements). Son usage médical est toléré voire légal dans un nombre croissant de pays : Canada, Australie, Pays-Bas, Royaume-Uni, Espagne, Nouvelle-Zélande et 23 États américains.

En France seul un médicament à base de cannabis a fait l’objet d’une autorisation de mise sur le marché, en 2014. Il s’agit du Sativex, qui s’obtient de façon très restrictive sur ordonnance.

#7 La Prohibition aux États-Unis (1919 – 1933)

La prohibition de l’alcool aux États-Unis, entre 1919 et 1933, est une situation comparable à celle que nous pourrions vivre aujourd’hui. Un produit jusqu’alors prohibé (l’alcool) est devenu légal. Cette situation nous permet de prendre du recul et d’analyser les conséquences de cette légalisation. Les deux conséquences du retrait du 18ème amendement en 1933 sont :

  • Un coup dur porté à la mafia italo-américaine
  • Aucune hausse significative de la consommation d’alcool

Les arguments moraux des lobbies conservateurs sont partis en fumée. A noter que parmi ces défenseurs historiques se trouvait le Ku Klux Klan, qui ajoutait l’alcool à sa liste d’ennemis à abattre, aux côtés des Noirs et des Juifs.

#8 Lutter contre le crime organisé

La Prohibition a permis à la mafia italo-américaine (notamment Al Capone) de bâtir un empire et d’engranger des sommes colossales grâce au marché de contrebande.

Les mafias vivant du cannabis sont aujourd’hui diverses et couvrent le globe, parmi elles la mafia rifaine (Maroc), la mafia albanaise, le cartel de Sinaloa (Mexique)…

Al capone vente alcool prohibition

Les méthodes du crime organisé n’ont pas évolué. La formule du baron de la drogue Pablo Escobar résume les deux pratiques employées : plata o plomo. Accepter d’être corrompu par de l’argent sale ou accepter le plomb des balles. Aucun milieu n’est épargné par ces méthodes, depuis les narco-États, jusqu’à la distribution dans les villes françaises.

En France le cannabis représente un marché d’un milliard d’euros, soit la moitié du marché national de la drogue.

#9 Les pneumologues plébiscitent

Le 31 janvier dernier se tenait le 20ème Congrès de pneumologie à Lille. Les experts ont longuement débattu sur le cannabis comme alternative au tabac.

La légalisation offrirait plusieurs avantages dont la diminution de l’usage du tabac, produit à la fois plus toxique et addictif que le cannabis comme vu aux arguments #2 et #5.

L’éminent professeur Bertrand Dautzenberg rassure les sceptiques en présentant les résultats des États américains ayant assoupli leur législation. «On voit qu’il y a une diminution de la criminalité liée au trafic, qu’il n’y a pas plus d’accidents de la route, que la consommation n’explose pas et que surtout, les consommateurs prennent des produits plus sains».

#10 Les Allemands ont dépénalisé en 1981

Quand on pense Allemagne on ne pense pas immédiatement à la Jamaïque. Et pourtant la loi du 28 juillet 1981 dépénalise bel et bien la détention de cannabis.

Nos voisins teutons ne sont pas les seuls à avoir dépénalisé. Rien qu’en Europe on compte également : Belgique, Luxembourg, Italie, Danemark, Pays-Bas, République Tchèque, Croatie, Slovénie, Lettonie, Lituanie…

A force de se regarder le nombril, on oublie que la position française ni universelle ni partagée de tous.

carte europe légalisation cannabis

Les législations sur le cannabis en Europe /EMCDDA

#11 Trop d’argent dans les caisses du Colorado

Plus de deux ans après la légalisation du cannabis dans l’État américain du Colorado, le bilan est plus que positif : une criminalité en baisse, une augmentation du tourisme, des créations d’emplois et trop d’argent. Cette légalisation fait suite à une loi adoptée par référendum en novembre 2012.

C’est une première, il y a trop d’argent dans les caisses du Colorado. L’État pourrait être contraint de reverser une partie de cette sommes à ses contribuables. En effet la Constitution de l’État prévoit un plafond maximal d’impôt, calculé en fonction de l’inflation et de la croissance démographique.

La taxation sur le commerce de marijuana est la cause directe de l’explosion des recettes. A la capitale (Denver) les taxes atteignent 21,12% du prix de vente. Celles-ci peuvent monter jusqu’à 30% selon les villes.

Les 30 millions d’euros de trop-perçu devraient être reversés équitablement entre les citoyens, comme l’indique la loi de 1992. Soit 7,63 dollars par habitant du Colorado.

La vente de cette drogue douce a rapporté 135 millions de dollars aux autorités fiscales de l’État.

COLORADO-MARIJUANA

École et pédagogie

Une taxe de 15% sur la vente en gros de cannabis est reversée aux construction et rénovation d’écoles publiques. Rien que sur la première année, 17 millions de dollars ont été récoltés.

Le Colorado a également durci la réglementation sur l’étiquetage et les dosages. Des interventions de pédagogie et de prévention des risques ont été instaurées dans les écoles.

Encadrement de la vente et de la production

350 magasins sont accrédités pour vendre du cannabis. Seules les personnes de plus de 21 ans (majeurs aux États-Unis) peuvent acheter dans des quantités limitées : une once (28 grammes) pour un résident et un quart d’once pour un touriste.

En plus de l’usage médical, l’usage récréatif est autorisé dans les espaces privés.

#12 Internet ne laissera aucune chance

La distribution du cannabis hier cantonnée à des tours d’immeubles est aujourd’hui décloisonnée et mondialisée. Partout, à tout moment, vous pouvez tout acheter sur le net voire sur le darknet.

Anonymisée et provenant de pays aux législation différentes, le contrôle devient quasiment impossible pour les autorités.

L’information es accessible en quelques clics sur Google. On y trouve même des conseils sur les villes françaises (prix, lieux d’achat, législation locale, type de produit) sur des sites comme Marijuana travels ou encore Webehigh…

cannabis prix lieux france

Carte interactive Marijuana travels

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Commentaires (2)

newsweed
mar 23,2016 at 04:31 Reply

Le Sativex ne s'obtient pas, c'est bien là le problème. Le gouvernement n'arrive pas à se mettre d'accord avec le distributeur sur un prix d'achat.

On pourrait ajouter qu'une substance consommée par 1,2 millions de personnes chaque semaine ne peut plus être négligée, à la fois pour arrêter l'hypocrisie et mettre en place un système de prévention de santé publique.
La légalisation permettrait également de pouvoir faire de la prévention dans les écoles par des professionnels de santé, et pas par des gendarmes. On passerait alors d'une vision pénale de la substance à une vision sanitaire, voire thérapeutique.
La légalisation permettrait aussi de tester et réglementer les produits mis sur le marché, et donc prévenir les dérapages / mauvaise qualité / pesticides dans les produits.
Le liste peut s'allonger quasiment sans fin :)

    Morano de Bergerac
    mar 24,2016 at 12:26 Reply

    La considération liée à la qualité des produits consommés est en effet très importante. Dans un système de distribution en marché noir (système actuel) aucun contrôle n'est possible. Cette absence d'information sur la qualité réelle du produit acheté aggrave considérablement les risques sanitaires.
    Par exemple, les cigarettes répondent à près d'une centaine de normes ISO sur les feuilles utilisées, la pureté de la nicotine, le menthol utilisé, les résidus de pesticides, d’alcaloïde, la potentialité incendiaire ...

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