09 août

La loi de Parkinson

Illustration Osbert Lancaster - Parkinson law / Loi de Parkinson

Rien à voir avec la maladie, la loi de Parkison provient du nom de son auteur Cyril Northcote Parkinson. Parue en 1955 dans le journal The Economist, cette loi explique pourquoi les fonctionnaires sont toujours débordés.

Trois ans après la parution de l’article, Parkinson développe sa loi dans le livre Parkinson’s law or the pursuit of progress 1 qui deviendra un best-seller. Méconnue en France, la loi de Parkinson est souvent résumée ainsi « le travail tend à occuper tout le temps disponible pour l’accomplir ». L’auteur illustre son propos avec un exemple simple. La rédaction d’une carte postale par deux personnes différentes.

Une dame retraitée peut passer une journée entière à écrire et envoyer une carte postale à sa nièce. Là où un homme occupé aura tout dit en trois minutes, cette dame passera une journée de doute, d’anxiété et de labeur.

La qualité des deux cartes est identique. La seule variable est le temps disponible pour accomplir la tâche. Voici l’essence de la loi de Parkinson, le temps passé pour réaliser une tâche n’a pas de lien avec le temps réellement nécessaire pour l’accomplir. Il peut varier de trois minutes à une journée en fonction du temps dont on dispose.

Analogie avec la théorie des gaz

Rappelons-nous de cette loi physique qui énonce qu’un gaz se dilate jusqu’à occuper tout l’espace à sa disposition. Plus le volume disponible est important plus la pression diminue et inversement. On pourrait d’ailleurs faire l’analogie avec la « pression » du monde du travail. Que ce soit pour un gaz ou un travailleur, la pression varie avec le volume disponible.

Ce constat simple pourrait se suffire à lui-même si la notion de motivation n’y était pas associée. En effet notre motivation dépend d’une juste estimation du facteur temps. Une tâche dans un temps irréalisable entrainera une pression insoutenable, là où un temps trop long entrainera l’ennui (voire la procrastination). La démotivation n’est pas l’apanage unique du manque de temps. Allouer trop de temps pour réaliser une tâche entraînera également la démotivation de l’exécutant.

Procrastination, motivation et pression - Loi de Parkinson

Nombre de fonctionnaires : une inflation inéluctable

L’historien naval ne se limite pas à déconstruire le lien entre le temps passé et le temps réel nécessaire. Il s’intéresse tout particulièrement à la bureaucratie et à nos amis les fonctionnaires. Teintée d’un humour britannique, il décortique le fonctionnement de l’administration et en retire ce second principe.

Tout travail au sein d’une administration augmente jusqu’à occuper entièrement le temps qui lui est affecté.

Parkinson s’est servi de son expérience dans la Royal Navy pour observer attentivement les fonctionnaires. Il y remarque que ces derniers ont tendance à multiplier leurs subordonnés et se créent mutuellement des tâches. Sans lien avec le volume de travail à effectuer.

Le fonctionnaire a tendance à flatter son égo en multipliant ses subordonnés. Il préférera deux agents plutôt qu’un. Ainsi chacun de ses subordonnés ne réalise que la moitié de son travail ; personne ne connaît l’intégralité des tâches du chef. Ces fonctionnaires se créent mutuellement du travail, le nouveau chef passe désormais son temps en réunion pour coordonner le travail de ses deux adjoints. Le travail initialement réalisé par une personne est désormais accompli par trois.

Admiralty statistics - Loi de Parkinson

Le tableau ci-dessus est éloquent. On y remarque la fin de la flotte britannique entre 1914 et 1928, qui passe de 62 à 20 navires. Malgré la réduction drastique de la flotte, et donc du travail à effectuer, le nombre de fonctionnaires à terre augmente de 78,45% sur la période.

Un autre exemple est le département colonial qui comprenait 372 personnes en 1932 et 1 661 personnes après la fin de l’existence des colonies britanniques. Northcote Parkison va jusqu’à estimer cette inflation de fonctionnaires : une augmentation inéluctable de 6% par an.

Colonial office officials - Loi de ParkinsonComme le rappelle Parkinson, rien ne justifie ces augmentations de fonctionnaires, bien au contraire. « Les territoires coloniaux n’ont pas évolué en surface ou en population entre 1935 et 1939. Ils ont même considérablement diminuée en 1943, certaines zones étant passées aux mains ennemis. Ils ont certes augmenté en 1947 mais ont ensuite rétrécies de façon constante jusqu’à ce que les territoires atteignent le statut de colonies indépendantes. »

Deux exemples dans l’administration française

La loi de Parkinson s’applique parfaitement à la France. La cour des comptes a publié un rapport sur les effectifs de l’État entre 1980 et 2008 et en particulier ceux du ministère de l’agriculture.

L’effectif du ministère de l’agriculture n’a suivi ni la décroissance sensible du nombre des agriculteurs (la population active agricole est passée de 1,9 million en 1980 à 0,9 million en 2005), ni la diminution de la part du secteur agro-alimentaire dans l’économie (4,2 % du PIB en 1980 contre 2 % en 2005). Il s’est au contraire accru de 6,5 % si on prend en compte les emplois budgétaires du seul ministère et il a doublé si on intègre dans le calcul les agents des opérateurs du secteur agricole (18 480 en 1980 et 35 646 en 2006).

Plus anecdotique, les effectifs du ministère des Anciens combattants restent stables. Tandis que le nombre d’anciens combattants diminue d’année en année…

Les deux autres lois de Parkinson

Parkinson définit également deux autres lois, toujours liées à la nature humaine et aux prises de décision.

1. La loi de futilité ou « loi du local à vélos »

Cette loi énonce que dans un comité financier, plus le budget discuté est important, moins on y passe de temps, et inversement.

En résumé, plus un sujet est complexe moins les personnes sans compétence ni légitimité interfèrent au sein du débat. A l’inverse, chacun semble bon de s’emparer d’une décision triviale mais compréhensible. Débattre du nouveau projet de loi de Finances prend donc moins de temps que de changer le nom d’une rue ou d’un monument…

2. Le coefficient d’inefficacité

Parkinson définit le nombre critique des membres d’un cabinet ou conseil des ministres, nombre à partir duquel ce cabinet ministériel devient inefficace. Il établit le seuil critique entre 19,2 et 22,4.

Voici un tableau comparatif des tailles des cabinets ministériels selon les pays.

Effectif Pays (situation en 1954) Pays (situation en 2013)
6 Honduras, Luxembourg  -
7 Haïti, Islande, Suisse  Suisse
9 Costa Rica, Equateur, Libéria, Panama, Philippines, Uruguay  -
10 Guatemala, Salvador, Etats-Unis  Islande
11 Brésil, Nicaragua, Pakistan, Paraguay  Paraguay
12 Bolivie, Chili, Pérou  -
13 Colombie, République Dominicaine, Norvège, Thaïlande  -
14 Danemark, Inde, Afrique du Sud, Suède Espagne, Nicaragua, Salvador, Uruguay, Sao Tomé
15 Autriche, Belgique, Finlande, Iran, Nouvelle-Zélande, Portugal, Venezuela Guatemala, Luxembourg
16 Irak, Pays-Bas, Turquie Allemagne
 17 Israël, Espagne Bulgarie
 18 Egypte, Royaume-Uni, Mexique Argentine, Finlande, Japon, Pérou
 19 Grèce, Indonésie, Italie Belgique
 20 Australie, Japon Philippines, Pays-Bas, Autriche, Mexique, Pologne
 21 Argentine, Birmanie, Canada, FRANCE Bolivie, Norvège, Panama, Roumanie, République Tchèque
 22  Chine Costa Rica, Libéria, Portugal
 23  - Chili, Danemark, Haïti
 24  - Etats-Unis, Bénin, Suède
 25  - Sénégal
 26  Bulgarie Turquie
 27  Cuba Royaume-Uni
 28  - Nouvelle-Zélande, République Dominicaine
 29  Roumanie Iraq
 30 à 35  - Iran, Irlande, Israël, Russie, Honduras, Maroc, Inde, Cuba, FRANCE, Thaïlande
 36 à 40  - Egypte, Indonésie, Venezuela, Brésil, Canada, Chine, Italie, Equateur
 41 à 45  - Australie, Gabon, Grèce, Colombie
 46 à 55  -  -
 Plus de 55  - Guinée Equatoriale, Cameroun, Pakistan, Afrique du Sud, Birmanie

 

L’article Parkinson’s Law publié en 1955 dans The Economist.

Dans la même catégorie

L’idiot du village est devenu idiot du monde Au premier abord le voyageur du monde fait rêver. Il vit entre plusieurs pays, parlent plusieurs langues et narre à table ses récits avec vie. Une poudre aux yeux qui cache une réalité tout autre : ce voyageur n'est qu'un parfait branleur. Rie...
J’ai participé à une cérémonie du cacao sacré En lisant la description de l'événement, je me suis vraiment demandé où j'allais atterrir. Si j'allais finir sacrifier sur un autel ou au milieu d'un gang bang shamanique. Ici nous avons l'opportunité de trouver notre propre vérité, de nous conn...
Abstention aux législatives : le paravent de l’échec Au lendemain du premier tour des élections législatives, les hommes et commentateurs politiques se focalisent autant sur l'abstention que sur les résultats du vote. L'abstention devient le paravent de l'échec cuisant des partis traditionnels et ser...

Laisse ton commentaire ici