27 mai

Contravention de l’usage du cannabis : une demi-mesure

cannabis dépénalisation

Le gouvernement a annoncé dans un projet de loi que l’usage du cannabis serait bientôt puni d’une simple contravention. Un pas en avant louable bien que pudibond.

Le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, a déclaré le 24 mai vouloir mettre en œuvre cette promesse électorale du candidat Macron (voir notre article: Cannabis, ce qu’en pensent nos politiciens ), d’ici « trois ou quatre mois. » L’usage de cannabis est passible actuellement d’une amende de 3 750 €  et d’une peine pouvant aller jusqu’à un an d’emprisonnement. Cette « contraventionnalisation » signifierait donc que l’usage du stupéfiant ne serait plus passible du tribunal correctionnel mais d’une contravention, par une juridiction de proximité.

Pourquoi cette réforme?

Bien loin de s’orienter vers la diminution de la consommation alors que la France est première en Europe dans ce domaine, la réforme se justifie plutôt par une simplification de la tâche des policiers. La consommation de cannabis représenterait chaque année 180 000 dossiers – dont seulement 20 000 aboutissant à une condamnation – et une charge de travail trop importante pour les forces de l’ordre (on estime à 6h de travail environ pour les agents en charge de l’infraction et autant pour les magistrats). Ces dernières surchargées de travail, pourraient ainsi se recentrer sur d’autres tâches prioritaires; la lutte contre le trafic notamment. D’ailleurs le syndicat de policiers, l’UNSA, s’est félicité de cette annonce. « Le ministre, en [faisant sienne] cette revendication syndicale de longue date, répond à une demande forte de simplification et d’allégement du travail, sans sacrifier à l’efficacité », a estimé Philippe Capon, secrétaire général de l’UNSA-Police.

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Relâcher la pression sur les populations allogènes

Avec 700 000 personnes se déclarant consommateur régulier de cannabis et 180 000 infractions par an, il y aurait donc peu ou proue 25% des consommateurs de cannabis interpelés chaque année. Un quart des consommateurs interpelés chaque année ? Vraiment ? Il faudrait une naïveté confondante pour croire que ces interpellations sont équitablement réparties dans la population. Elles se concentrent majoritairement sur des jeunes de banlieue, maghrébins ou subsahariens et contribuent à la répression exacerbée à leur encontre et leur défiance vis à vis des forces de l’ordre et plus généralement « du système ». Et donnent du grain à moudre aux illuminés du genre les indigènes de la République et Houria Bouteldja.

Une demi-réforme qui passe à coté de l’essentiel

De plus, en contraventionnalisant la consommation, sans aller vers une vraie légalisation, la réforme passe à coté des nombreux avantages que cette dernière pourrait représenter. Nous penserons bien sur aux possibilités en termes d’emploi et de création de richesse d’une telle réforme. Mais aussi au coup décisif que cela porterait à l’économie parallèle et aux trafiquants. Le cannabis légal, quel intérêt en effet pour le consommateur de faire la voyage dans une cité, avec ses désagréments, quand on peut s’approvisionner ailleurs ?  Les forces de l’ordre pourraient également avoir bien plus de moyen pour s’attaquer de front au trafic. Combien de milliards en taxes, combien d’emplois pourraient être créés par ce nouveau débouché ?

Un impératif de salubrité publique

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Enfin, et c’est bien là le plus important, quelle conséquences pour la santé publique peut bien avoir une demi-réforme? En maintenant l’interdiction de l’usage, (mais en diminuant les risques pour les consommateurs) on risque de passer à coté de l’obligation d’une prévention, large, dépolitisée et sans idéologie contre cette pratique à risque. Car oui, l’usage du cannabis est bien dangereuse. En tout cas pour  les plus jeunes, alliant risques de désociabilisation à risques neurologiques. Le mot d’ordre d’une telle réforme devrait donc être « protégeons les plus jeunes, sensibilisons aux risques » et pas uniquement « allégeons la charge de travail des policiers et magistrats » (quand bien ils sont réellement débordés et en manque de moyens, humains comme financiers).

Un pas en avant

Cependant saluons tout de même l’initiative. Pudibonde et timorée, appuyée sur une justification fragile et aux résultats certainement limités, elle va tout de même dans le bon sens et a le grand mérite d’ouvrir le débat dans une France beaucoup plus conservatrice qu’on le laisse parfois entendre. Espérons maintenant qu’elle ne sera pas retoquée ou bloquée par nos parlementaires. Et qu’elle ne soit qu’une étape vers une politique intelligente d’endiguement de la consommation et du trafic de drogues.

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Morel Le Rogue

Explorateur des bas-fonds des internets, des bars louches et des milieux interlopes. Contempteur de l'infinie bêtise humaine, je traque la mesquinerie et la médiocrité. J'écris donc principalement sur la #politique, mais aussi la #culture et la #société, pour déverser ma bile avec morgue.

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