02 fév

Cannabis, ce qu’en pensent nos politiciens

cannabis

A l’approche des Présidentielles, la classe politique s’ouvre au débat autour de la réglementation du cannabis. Posture électorale ou réelle envie de changer les choses, voyons ce qu’en pense nos politiciens.

En juillet 2015, Manuel Valls coupait court à l’interrogation de Christiane Taubira sur la possibilité d’un débat sur le cannabis. « On peut toujours débattre, mais le débat est clos (…) le gouvernement ne prendra aucune initiative qui légalise, autorise, dépénalise l’usage du cannabis ».

Ce temps est révolu, ou du moins d’autres sons de cloches se font désormais entendre. La question légalisation/dépénalisation de la marijuana est bel et bien ouverte et transcende le clivage gauche-droite.

Une société qui n’ose pas affronter le sujet [du cannabis] est une société complice de dégâts.
Christiane Taubira

Pour la légalisation

  • Benoit Hamon, candidat du PS. Pour lui légaliser le cannabis « s’est s’attaquer au trafic ». La légalisation, l’encadrement de la distribution du cannabis peut être une solution contre les réseaux organisés évoque-t-il sur France Inter le 18 août dernier.
  • Jean-Luc Mélenchon. Il veut faire campagne contre le cannabis en le légalisant. « Je suis absolument contre le cannabis donc pour le légaliser » déclare-t-il dans une vidéo postée sur sa chaîne Youtube le 30 novembre 2016.
  • Philippe Poutou, candidat du NPA. La ligne du Nouveau Parti anticapitaliste est inchangée depuis la Présidentielle de 2012. La légalisation est le « seul moyen pour faire réellement de la prévention et de l’aide à la diminution des risques ». L’article Drogue : une seule solution légalisation, sur le site internet du parti, est sans équivoque.
  • Sylvia Pinel, présidente du Parti radical de gauche. Pour une légalisation « avec une délivrance en pharmacie pour que les professionnels de santé puissent accompagner les personnes qui en consomment ». Mais aussi « pour assécher les trafics ».
  • Le camp écologiste est unanime. Que ce soit François de Rugy (Parti écologiste), Jean-Luc Bennahmias (Front démocrate), Cécile Duflot (EELV) ou Yannick Jadot (EELV).

5495891_1

Pour la dépénalisation

  • Emmanuel Macron, du mouvement En Marche. Dans son ouvrage Révolution (2016) il « plaide pour une dépénalisation de la détention en petite quantité du cannabis afin de désengorger les tribunaux ». Pas de légalisation en vue.
  • Vincent Peillon, du PS. Il s’agit pour lui d’un « sujet majeur » et défend la dépénalisation pour lutter contre les trafics. Il a également soutenu la position de l’ancien ministre de l’Intérieur Daniel Vaillant, favorable à la légalisation du cannabis thérapeutique.
  • Nathalie Kosciusko-Morizet, des Républicains. Elle s’est tout d’abord insurgée de l’ouverture du débat en avril 2016 par Jean-Marie Le Guen. Puis a déclaré quelques mois plus tard être à l’écoute et « plutôt pour la dépénalisation ».

npa-cannabis-3534

Contre la légalisation et la dépénalisation

  • François Fillon, candidat Les Républicains. En janvier 2016 il déclare être contre la dépénalisation ou la libéralisation. « L’argument qui consiste à dire que parce que la consommation augmente on va tout libéraliser ne me satisfait pas ». Il illustre son propos avec l’exemple des Pays-Bas : « la politique suivie en France n’est pas forcément la meilleure, mais celle conduite dans d’autres pays qui ont dépénalisé le cannabis n’a pas les résultats qu’on veut bien lui donner ».
  • Nicolas Dupont-Aignan, candidat de Debout la France. Il a annoncé en octobre dernier être contre la dépénalisation du cannabis. Il s’attaque férocement aux partisans de la dépénalisation et de la légalisation en qualifiant Benoît Hamon et NKM de démagogues et de collabos.
  • Marine Le Pen, candidate du Front National. Dans la droite ligne de son parti, la position du FN sur les drogues n’a pas bougé d’un iota depuis sa création en 1972. La candidate préconise de renforcer l’arsenal répressif et prône la tolérance zéro avec les trafiquants et dealers.
  • Manuel Valls, Premier Ministre. Il est opposé à toute évolution du cadre législatif. Il l’a rappelait en tant que Premier Ministre ainsi qu’en janvier dernier aux primaires de la gauche : « il faut des interdits dans une société ».
  • François Hollande, Président de la République. Il s’est exprimé à plusieurs reprises contre une dépénalisation mais évoque la nécessité d’un débat à l’échelle européenne.
  • Arnaud Montebourg, du PS. « En termes de santé publique, nous ne pouvons pas nous le permettre » déclare-t-il au Parisien le 18 décembre 2016.
  • Nicolas Sarkozy, des Républicains. « Je n’ai jamais fumé un pétard de ma vie, ce n’est pas du tout que je suis contre » a-t-il affirmé sur RTL en août dernier. En 2012 il qualifiait l’hypothèse d’une dépénalisation de « folie ». Avec ce retournement de veste on ne sait plus vraiment où le classer…
  • Henri Guaino, des Républicains. En juin 2012 il qualifie de « désastre moral » toute potentielle légalisation du cannabis.

Un positionnement lourd de conséquences

A partir de 1960 l’école du Public choice explique que pour gagner une élection il faut remporter l’adhésion de « l’électeur médian ». Celui qui se trouve de l’autre côté de l’échiquier politique (l’électeur du centre-gauche qui votera à droite ou inversement).

Ces recherches sont notamment menées par le Prix Nobel d’Économie James McGill Buchanan et l’économiste Gordon Tullocks.

Les partis formulent des politiques de façon à gagner les élections plutôt que de gagner les élections de façon à mettre en œuvre des politiques.
Anthony Downs, An Economic Theory of Democracy (1957)

Prendre position sur un sujet de société répond à ce schéma de choix. Si le sujet est plébiscité et qu’un groupe fédéré de votants est à remporter alors il y aura un positionnement favorable de la part des candidats.

Si au contraire le groupe affilié à la revendication n’est pas considéré comme un réservoir fidèle de voix, alors les candidats ne se risqueront pas à saisir la proposition.

Les sujets transverses, qui incluent à la fois des questions de société, de criminalité, de santé publique… (comme celui-ci du cannabis) sont donc souvent difficile à traiter par les candidats dans une stratégie électorale.

Un mauvais positionnement suffit à se mettre à dos des réservoirs importants de voix : catholiques, conservateurs, militaires, ouvriers…

— Envie de relire notre article 12 arguments pour légaliser le cannabis ?

Dans la même catégorie

L’idiot du village est devenu idiot du monde Au premier abord le voyageur du monde fait rêver. Il vit entre plusieurs pays, parlent plusieurs langues et narre à table ses récits avec vie. Une poudre aux yeux qui cache une réalité tout autre : ce voyageur n'est qu'un parfait branleur. Rie...
J’ai participé à une cérémonie du cacao sacré En lisant la description de l'événement, je me suis vraiment demandé où j'allais atterrir. Si j'allais finir sacrifier sur un autel ou au milieu d'un gang bang shamanique. Ici nous avons l'opportunité de trouver notre propre vérité, de nous conn...
Abstention aux législatives : le paravent de l’échec Au lendemain du premier tour des élections législatives, les hommes et commentateurs politiques se focalisent autant sur l'abstention que sur les résultats du vote. L'abstention devient le paravent de l'échec cuisant des partis traditionnels et ser...

Laisse ton commentaire ici