16 Avr

Brexit : la peur et le mirage d’une catastrophe

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Le Royaume-Uni a décidé de quitter l’Union Européenne. Une décision qui fait suite au référendum du 23 juin 2016. A cette question 51,4% des Britanniques se sont exprimés en faveur du départ.

« Le Royaume-Uni doit-il rester un membre de l’Union européenne ou quitter l’Union européenne ? »

En février 2017 le Parlement britannique adopte une loi autorisant le gouvernement à déclencher le processus de sortie. Le Premier Ministre Theresa May l’annonce dans la foulée : le 29 mars 2017, pour la première fois, l’article 50 du traité de Lisbonne est activé. Le pays engage un processus pour quitter l’UE.

Le Royaume-Uni a adhéré à l’UE en 1973, alors Communauté Économique Européenne (CEE). Confirmé deux ans plus tard par référendum, 67% des Britanniques votent pour son maintien au sein de la CEE. C’est alors le premier référendum de l’histoire du pays. Et c’est après 44 ans de vie commune que le divorce est prononcé.

Une catastrophe… pour les États membres

Tout au long du processus démocratique, les États membres ont martelé les mises en garde. Parmi d’autres, le Président Macron annonçait en janvier 2018 sur BBC One que le Royaume-Uni ne doit pas s’imaginer bénéficier des avantages d’être membre de l’UE s’il poursuit son processus de départ.

La défiance du royaume envers les bénéfices de l’UE est pourtant ancienne. En 1979 Margaret Thatcher l’exprime en des termes explicites : « I want my money back ». Elle signe en 1984 à Fontainebleau le rabais britannique (UK rebate), mesure qui diminue la contribution de son pays au budget européen. Le constat est simple, la Grande-Bretagne donne beaucoup plus que ce qu’elle reçoit de l’Union Européenne (un excédent de près de 30%). Constat semble-t-il partagé par les États membres qui, depuis, valident à l’unanimité le chèque britannique ; tous les 7 ans lors des perspectives financières européennes.

Rappelons que la Grande-Bretagne est le quatrième plus gros contributeur au budget de l’UE, avec 10,6 milliards d’euros versés en 2017. Son départ oblige à une décision douloureuse : baisser d’environ 16% les dépenses ou augmenter massivement les prélèvements sur les autres pays membres. Deux options qui n’amélioreront pas la popularité de ceux qui les présenteront.

Un divorce trop souvent réduit à l’aspect financier

Que ce soit du côté des chefs d’État, des politiques ou des experts, le Brexit semble être une question davantage financière que démocratique. Les Nostradamus modernes imaginent les hypothèses les plus farfelues pour accréditer la thèse d’un effondrement économique du royaume. Fuite des capitaux de la City vers une autre place financière, réduction de la balance commerciale avec l’entrée en vigueur de taxes douanières, difficulté de circulation des travailleurs, affaiblissement de l’influence du pays, etc.

Les corroborations ce font jusqu’à présent attendre.

Un divorce n’est pourtant rarement qu’une histoire d’argent. L’entrée du Royaume-Uni dans l’UE a entrainé le premier référendum du pays et c’est également par référendum qu’il signe son départ. Dans ce Parlement de Londres, surnommé la mère des parlements de par son statut de doyenne démocratique, les élus semblent avancer selon la volonté d’un peuple souverain.

De quoi rappeler aux peuples Français et Hollandais le déni de démocratie de 2005, tous deux ayant rejeté par référendum le traité constitutionnel européen. Traité ratifié deux ans plus tard par leurs États sous un autre nom, au travers du traité de Lisbonne. Pour l’anecdote, c’est la clause de sortie de ce traité qui confère aujourd’hui au Royaume-Uni le droit de se retirer de l’Union Européenne.

Quand on regarde la contribution excédentaire du Royaume-Uni au budget de l’Europe, et malgré le rabais négocié par Margaret Thatcher, on ne peut dire que ce fut un mariage d’argent profitable aux Britanniques.

Quand on regarde le traitement de l’information et les prises de position concernant le Brexit, on peut par contre dire que le signal envoyé par l’UE aux États membres est clair : ce que va traverser le Royaume-Uni va être terrible et vous coupera l’envie de suivre son exemple.

Le Brexit a un coût indéniable. Rester dans l’Union Européenne en a un également. Un tel départ, inédit, dans un contexte d’économie de marché mondialisée rend impossible de calculer le coût de la décision et les externalités positives et négatives qu’elle va engendrer. Quoi qu’il en soit, la question primordiale est ailleurs. A l’heure où une crise démocratique gronde en Europe doit-on opposer un coût supposé à une décision de destin démocratique ?

Dans son choix, le Royaume-Uni nous renvoie aujourd’hui et de manière désagréable à notre condition de chien de La Fontaine, qui sacrifie sa liberté individuelle pour une sécurité relative.

2020 : période de transition, suite et fin ?

Le temps passe et les choses se meuvent, trop lentement pour certains, trop rapidement pour d’autres. Depuis le 31 janvier 2020, le Royaume-Uni n’est plus un État membre de l’UE. Le Brexit politique a bel et bien eu lieu et le pays ne siège plus au sein des diverses institutions européennes, agences, organes et autres organismes de l’UE.

Il ne s’agit là que de la moitié du chemin à parcourir. Le Royaume-Uni est désormais en période de transition ; en attente du Brexit économique pour acter son indépendance totale. Pour l’heure rien n’a changé dans la vie des citoyens et des entreprises, que ce soit sur le sol européen ou outre-manche.

Cette période de transition s’achèvera le 31 décembre 2020, sans prolongation souhaitée par les britanniques. Pourtant vivement sollicités en ce sens par l’Union Européenne, qui aurait ainsi conservé la contribution britannique au budget de l’UE. Nos voisins avaient jusqu’au 1er juillet 2020 pour retourner leur veste, ce qui n’a pas eu lieu.

La prochaine étape semble être la dernière, le Brexit économique annoncera la fin de la période de transition. La date du 31 décembre 2020 reste gravée dans le marbre. Le pays quittera alors définitivement le marché unique et l’union douanière. Les négociations sont en cours pour rédiger l’accord bilatéral qui régira les relations entre les deux parties. Faute d’accord ce serait les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) qui s’appliqueraient. Cela correspondrait grosso modo aux relations commerciales actuelles entre l’UE et l’Australie. Droits de douane élevés et contrôles douaniers poussés, l’hypothèse du no deal reste toutefois difficile à imaginer pour des économies si dépendantes l’une de l’autre. Affaire à suivre…

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