12 juin

Abstention aux législatives : le paravent de l’échec

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Au lendemain du premier tour des élections législatives, les hommes et commentateurs politiques se focalisent autant sur l’abstention que sur les résultats du vote. L’abstention devient le paravent de l’échec cuisant des partis traditionnels et sert à remettre en cause la légitimité des résultats.

Ces élections législatives devraient accoucher d’une majorité écrasante à l’Assemblée Nationale pour le mouvement La République En Marche (LREM) du président. Mais elles viennent également confirmer une tendance lourde : l’abstentionnisme, premier parti de France avec un score de 51,3%. C’est bien sûr dommageable, voire inquiétant. Mais il n’en demeure pas moins que les urnes ont parlé et que les résultats doivent être respectés. Et le message adressé est sans équivoque.

Les commentateurs, experts et hommes politiques hors LREM réagissent à l’unisson, dénonçant le « risque » de voir une Assemblée unicolore, un parti unique dominer la France. LREM est créditée de 400 à 440 sièges, selon les résultats du second tour. Pour rappel, en 2002, l’UMP et la droite avait 394 sièges. Sans qu’à l’époque on s’en offusque. Mais là, puisque Les Républicains et le PS et le Front National se sont pris une déculotté, il faut évidemment s’en inquiéter.

L’abstention : le mal absolu

Une seconde réaction commune  a émergé : les cris d’orfraie quant à l’abstention. Avec en chef de file bien sûr, l’inénarrable Thomas Guénolé.

Et mieux encore, ma favorite je dois l’avouer, la réaction outrée d’Henri Guaino, sorti dès le premier tour avec 5% des votes dans la 2e circonscription de Paris :

L’électorat qui a voté aujourd’hui dans la 2e circonscription de Paris (Ve, VIe, VIIe arrondissements de Paris) est, à mes yeux, à vomir. Vous m’entendez bien, à vomir. Entre les bobos d’un côté, qui sont dans l’entre-soi de leur égoïsme… Et puis il y a cette espèce de bourgeoisie traditionnelle de droite. Celle qui va à la messe, qui amène ses enfants au catéchisme et qui après vote pour un type qui pendant trente ans s’est arrangé, a triché par tous les moyens.

Les autres vaincus, la France Insoumise, les Républicains, le PS et le Front National ont bon jeu de s’attarder sur l’abstention, qui justifie tout. Leur défaite d’abord, qui serait due à la non-mobilisation de leurs électeurs, cette bande d’idiots pas même capables de se déplacer pour voter pour des candidats qui les déçoivent depuis si longtemps. C’est facile, erroné et vide de sens. Si les gens ne vont pas voter pour eux, c’est aussi parce qu’ils ne veulent plus les voir. Ne pas voter peut être un acte militant, pas uniquement du je m’en foutisme. Et elle permet de faire savoir que l’offre politique ne convient pas, ou plus.

Ce taux d’abstention permet également de remettre en cause la légitimité du résultat, et c’est plus grave. « Le gouvernement devrait procéder par référendum pour une vraie démocratie », « Compte tenu de l’abstention la majorité à l’asssemblée ne représente que 15% des Français » et bla et bla et bla.

Les résultats montrent aussi une situation politique totalement instable et en trompe l’œil. L’immensité de l’abstention montre qu’il n’y a pas de majorité dans ce pays pour détruire le code du travail, réduire les libertés publiques ni, non plus, pour l’irresponsabilité écologique ni pour cajoler les riches, toutes choses qui figurent au programme du parti du président

Jean-Luc Mélanchon

Non, non et trois fois non. Le système électoral est tel qu’il est, on peut le critiquer, mais à partir du moment où des candidats, hommes politiques participent à ce système en se présentant aux élections, ils doivent le respecter et en accepter les résultats. Des électeurs ne votent pas ?  Tant pis pour eux et leurs candidats. Il y a des élections, s’ils veulent une offre politique qui leur corresponde, ils votent.Le seul vote qui compte, c’est le vote exprimé. Et le résultat est clair, libre à chacun de s’en inquiéter ou de s’en réjouir.

Il n’empêche, il serait désespérant que cet abstentionnisme serve d’excuse pour éviter la refonte profonde et nécessaire des partis historiques. Le message semble sibyllin : changez ou dégagez.

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Morel Le Rogue

Explorateur des bas-fonds des internets, des bars louches et des milieux interlopes. Contempteur de l'infinie bêtise humaine, je traque la mesquinerie et la médiocrité. J'écris donc principalement sur la #politique, mais aussi la #culture et la #société, pour déverser ma bile avec morgue.

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