18 juil

« Il y a la ligne de la Duderie et je me balade autour » : rencontre avec Moïse the Dude

moise the dude photo

Mépris a tendu le micro pour 6 questions à Moïse the Dude, et le Dude y a répondu. Des réponses conservées intactes.

1/ La rédaction de mepris.fr. Dans un portrait croisé on a comparé ton registre à celui de Seth Gueko. Tu ressens une proximité avec cet artiste ?

Moïse the Dude. Ça va peut être paraître étonnant mais j’écoute peu Seth Gueko. J’ai dû écouter un seul album en entier. C’est un bon rappeur, il a ramené un délire à lui, c’est quelque chose que j’apprécie, y a rien de pire que les clônes. Mais je ne ressens pas de proximité particulière pour être honnête, même si le portrait croisé était bien vu ! La vision que j’ai de mon rap et celui des autres rappeurs est forcément différente de celle des gens qui nous écoutent donc, si je vous fais penser à Seth Guex… qu’il en soit ainsi !

2/ “Le Dude se mélange peu”. Tu penses quoi d’une collaboration avec Seth Gueko, bonne ou mauvaise idée ?

Encore une fois, franchement, ça ne m’a jamais traversé l’esprit. Vocalement on est différents, potentiellement complémentaires, ce serait intéressant. Sur le fond, je ne sais pas. J’ai énormément de mal à me projeter avec d’autres rappeurs et ça ne va pas en s’arrangeant ! Ce n’est pas du tout du snobisme, c’est juste que je conçois mes morceaux en total autisme, je pioche dans des références qui m’appartiennent. Après je peux débiter de la grosse punchline qui tache au km, mais ce n’est pas ce qui m’intéresse le plus.

3/ Beaucoup de rappeurs piochent des références voire leur blaze dans le 7ème art. Tu vas très loin dans l’utilisation de l’univers de The Big Lebowsky. Il n’y a pas un risque de s’enfermer ?

Si, et c’est pour ça que j’ai exploité le filon uniquement sur mon premier EP, après j’ai lâché l’affaire ou fait des petits clins d’œil beaucoup plus discrets. Et j’ai surtout élargi le champ des références. Longtemps après la sortie du premier EP il y a encore des gens qui me parlaient de peignoir et de russe blanc… bon c’est normal j’ai un morceau qui s’appelle comme ça et qui a bien tourné. Ce n’est pas un reproche. Mais je me rends compte que la plupart des auditeurs ont besoin de repères, ils faut qu’ils puissent catégoriser un rappeur avec deux/trois éléments clés. Et quand tu changes trop radicalement de registre ils ne suivent plus. Je dis ça sans mépris, c’est très humain.

Mon but c’est d’être en équilibre, que la Duderie soit toujours présente, comme une ligne tracée au sol et je slalome le long de cette ligne, là est la marge de manœuvre. Enfin, en réalité je me pose beaucoup moins de question que ça, je marche au feeling, l’inspiration peut venir de n’importe quoi.

Dudelife l'album de Moïse the Dude

4/ Ton premier album “Dudelife” est sorti en mars dernier. Depuis le Bhale Bacce crew jusqu’à tes trois EP solo c’est loin d’être ton premier projet. Tu portes quel regard sur cet album quatre mois après sa sortie ?

Déjà je l’aime toujours. J’ai fait ce que j’ai voulu avec cet album, dès le début de l’écriture j’ai décidé d’être dans l’introspection, c’était ma ligne directrice, je voulais raconter des histoires, mon histoire. Cet album m’est fidèle. C’est la continuité des EPs tout en étant une évolution. Comme je disais plus haut, y a la ligne de la Duderie et je me balade autour. Sur l’album j’ai visité tous les recoins en marge de la Duderie. C’est du rap de proximité. Quelqu’un m’a dit après écoute “t’as une manière très personnelle de raconter les histoires”. C’est exactement ce que je veux qu’on ressente.

J’avais peur de ne pas tenir la route sur un projet de 12 titres, sans le moindre featuring et je suis satisfait d’avoir réussi. Faut savoir que seuls deux morceaux ont été écartés de la tracklist, et je n’ai en général pas de stock : ce qui est écrit est enregistré, gardé ou jeté et je jette peu car je n’écris quasiment pas plus que ce dont j’ai besoin. L’album  ressemble à ce que j’avais en tête, il m’a permis de progresser aussi, dans le sens où à chaque projet des choses se débloquent et appellent des évolutions qui prennent vie sur le projet d’après.

5/ A quoi doit-on s’attendre dans les prochains mois : de nouveaux titres, des concerts… ?

A moyen terme il faut s’attendre à un EP. J’ai quelques morceaux écrits, d’autres en cours d’écriture, j’ai des bonnes prods pour aller avec. Je pensais m’arrêter après l’album et je suis tombé sur des prods qui m’ont donné envie, ça ne tient qu’à ça. Ensuite faut enregistrer, mixer, masteriser, préparer la sortie, cliper etc. Donc ce n’est pas pour tout de suite mais je suis chaud là. J’ai des idées, je vais voir si le résultat est conforme. J’essaye de me renouveler un peu à chaque projet, je me lance des petits défis au niveau du flow, de l’interprétation etc., donc tant que ce n’est pas dans la boîte, impossible de savoir si un morceau est bon ou pas. Tout ce que je peux dire c’est que sur le papier je pars sur cinq, six titres, avec moins d’introspection que sur l’album, plus de méchanceté, de crachat… avec juste des petits bouts de vie, des petits trucs persos ici et là. Mais encore une fois, sur le papier ça ne veut rien dire, on a parfois des surprises à l’enregistrement, bonnes ou mauvaises. On verra bien.

Les concerts c’est le vrai point noir de mon activité. Je ne sais pas comment trouver des dates. Je gère tout moi-même et là dessus c’est le vide total. Avis aux tourneurs/orga et cie qui liraient cette itw : venez vers moi, il y a un truc à faire avec la duderie sur scène, un vrai univers à ramener, je peux le faire.

Mépris sanibroyeur de la bien pensance

6/ Chez mepris.fr notre devise est “sanibroyeur de la bien-pensance”. Tu sembles partager notre dégoût pour la bien-pensance, exact ? 

Exact ! Après, la bien-pensance des uns n’est pas celle des autres et inversement, alors de quelle bien-pensance parlons nous, ehe ? On va généraliser, on va dire que je n’aime pas le conformisme, les dogmes, les discours clés en main, les archaïsmes, les conservatismes de tous bords. Je milite pour une lecture complexe du monde qui nous entoure, sans manichéisme, sans angélisme. Je milite pour une pensée inconfortable, contradictoire parfois.  Si on te donne une information il faut en vérifier la source déjà, et puis idéalement lire une information contraire et réussir à te faire un avis avec ça, il faut accepter aussi de ne pas être en mesure d’avoir un avis sur quelque chose.

Peu de gens font l’effort de cette complexité, je reconnais que c’est difficile. Aujourd’hui on va chercher des informations qui confortent notre opinion sur tel ou tel sujet. Imagine, quelqu’un qui aime boire, tout en sachant que ça lui nique la santé, il tombe sur un article qui parle des méfaits de l’alcool et un article qui parle de ses bienfaits. Quel article il va choisir ? Celui qui parle des bienfaits. Parce que ça correspond à son attitude vis à vis de l’alcool et en plus ça lui évite d’avoir le cerveau coupé en deux (et donc d’être stressé) entre sa consommation et la conscience des dangers. Là il choisit le confort intellectuel du propos qui va dans son sens. C’est un exemple (très) schématique mais le mécanisme est en gros le même avec un peu tous les sujets face auxquels un être humain est confronté et à propos desquels il a déjà une petite opinion.

Le complotiste va choper les infos qui confortent sa théorie, le raciste va lire une presse raciste, etc etc… C’est hélas naturel. Certains sont curieux, d’autres ne font aucun effort. Il n’y a rien de pire que les gens qui te disent “ah oui ainsi va le monde, ainsi va la vie, faut faire avec, faut suivre le mouvement”. Ces gens là sont résignés et sont les meilleurs soldats du système. Ils ne le remettent jamais rien en question sous prétexte que c’est comme ça, marche ou crève.

Il y a aussi cette sale espèce des gens qui nivellent tout par le bas, juste parce que c’est plus confortable intellectuellement que d’espérer mieux. Le fameux “ouais ok on perd des acquis sociaux mais bon  il y a des pays qui n’en ont même aucun alors de quoi se plaint-on ?”. Et celui qui te dit ça, le jour où à cause de ce genre de raisonnement le pays sera donc devenu un pays du tiers monde, il dira quoi ? “Ouais ok on mange de la merde mais attend, on peut mettre du sel dessus, il y en a qui n’ont même pas de sel”. Je me demande jusqu’où peut aller l’acceptation par le peuple de la dégradation de nos vies.

Je me dis que la plupart des gens peuvent supporter énormément de choses juste par résignation. La “révolution” citoyenne (que ce soit par les urnes ou autre) est très loin de nous pendre au nez en réalité. Ceux qui pensent que “ça va péter” se trompent, il ne va rien se passer. L’individualisme est trop ancré, les classes moyennes et populaires sont trop préoccupées à ne pas perdre ce qu’elles ont déjà en ayant peur que le voisin s’en sorte avant eux. Il n’y a pas de projet commun, de nation, de rassemblement, d’avenir collectif. Il n’y a plus rien qui fédère notre société à part la haine de l’autre, les grandes surfaces, le football et les attentats. Les idées ont disparu.En France on n’est jamais pour, on est toujours contre et on retourne sa veste très facilement. C’est un pays négatif. Je suis bien parti en sucette là non ??

Merci encore à Mo’ pour avoir répondu à nos questions, vous retrouverez ses trois EP et son dernier album sur bandcamp. Et toute son actualité sur sa page facebook.

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