13 fév

Manuka, le miel de la discorde

Miel de Manuka

L’Australie et la Nouvelle-Zélande s’opposent dans une guerre commerciale et juridique féroce. La Nouvelle-Zélande veut le monopole sur le miel de Manuka, ce miel aux vertus miraculeuses. Son voisin australien ne l’entend pas ainsi.

Peter Thiel, cofondateur de Paypal, en a fait la clé de voute de son best-seller De zéro à un : la situation économique la plus enviable est celle du monopole.

Le miel de Manuka, une réussite néo-zélandaise

Nul ne peut nier que la Nouvelle-Zélande a mis en haut de l’affiche un produit inconnu il y a encore dix ans.

Longtemps boudé pour son arôme fort et son goût amer, le miel de Manuka s’est imposé par ses vertus thérapeutiques. La Nouvelle-Zélande, via l’université Waikato à Hamilton, a investi dans de nombreuses études scientifiques.

La liste des vertus découvertes est édifiante : cicatrisant, antioxydant, antibactérien dont l’action est supérieure à certains traitements antibiotiques, lutte contre le staphylocoque doré, guérison d’ulcères, de brûlures, d’eczéma, d’acné…

Mais c’est son activité non-peroxydique, découverte par le professeur Peter Molan, qui le rend si différent.

Activité non-peroxydique

Non-peroxydique signifie que ses propriétés antibactériennes ne sont pas liées au peroxyde d’hydrogène (plus connu sous le nom d’eau oxygénée). Là où la plupart des miels perdent leur efficacité antibactérienne en contact avec les fluides ou le tissu corporel, le nectar néo-zélandais conserve ses propriétés.

Voilà qui fait sa renommé. De quoi faire grimper son prix et exploser son volume de vente. En 10 ans les exportations néo-zélandaises ont augmenté de 23% par an, pour atteindre 161 millions d’euros en 2015.

Le gouvernement et les entreprises du secteur affichent un objectif de 801 millions d’euros d’export à l’horizon 2028.

Manuka honey UMF +10

L’Australie veut sa part du gâteau

Les campagnes de promotion menées par la Nouvelle-Zélande portent leur fruit. L’Australie comprend que le marché est porteur et que les volumes de production de son voisin sont bien en-deça de la demande mondiale.

Les mêmes arbres, les mêmes abeilles et a priori le même miel sont présents sur son territoire, de quoi investir le filon. Ce qui déplaît fortement à la filiale néo-zélandaise.

L’argumentaire du déni

La Nouvelle-Zélande réclame l’exclusivité sur le terme Manuka. Le nom de l’arbrisseau est marketé depuis des années par l’organe de promotion néo-zélandais : l’UMF Honey Association. Il est associé aux vertus miraculeuses du miel et sa simple apposition sur un packaging fait vendre.

L’indice UMF®

La Nouvelle-Zélande a l’intelligence d’utiliser son propre indicateur de qualité. L’activité non-peroxydique est indiquée au consommateur sur une échelle créée de toute pièce, nommée UMF pour Unique Manuka Factor. Ce nom est utilisé comme marque commerciale, protégée par l’UMF Honey Association ; qui regroupe 80% des producteurs néo-zélandais.

Graphic methylgloxial manuka honey

Indice UMF de +5 à +26 : seul le taux de Methylgloxial varie sur le graphique de l’UMFHA.

L’indice UMF indique la concentration en methylgloxial. Cette substance responsable de l’activité non-peroxydique, découverte par le professeur Thomas Henle de l’université de Dresde (Allemagne). L’utilisation de cet indice est évidemment réservé aux adhérents de l’UMFHA.

Un autre indice est utilisé par les indépendants, le MG pour Methylglyoxal, mais celui-ci est moins coté auprès du grand public.

L’héritage linguistique de « Manuka »

L’origine du mot Manuka est aussi utilisée pour défendre la paternité. En Nouvelle-Zélande on défend son origine maori. Alors que Trevor Weatherhead, directeur exécutif de l’AHBIC (équivalent australien de l’UMFHA), assure que le terme est utilisé depuis 1900 en Tasmanie. Selon ce dernier les néo-zélandais ne cherchent qu’à protéger un atout commercial.

Le Champagne néo-zélandais

Autre argument avancé est celui d’une protection géographique. John Rawcliffe, l’administrateur de l’UMFHA souhaite que le miel de Manuka ne puisse être produit qu’en Nouvelle-Zélande tout comme le champagne ne peut être produit qu’en Champagne.

Son association a soumis un dépôt de marque auprès du gouvernement néo-zélandais en 2016. Selon lui « il est fondamental de protéger un produit de prestige, internationalement reconnu, qui est unique à la Nouvelle-Zélande.

Ce monopole du terme est contesté par Trevor Weatherhead qui déclare avoir en Australie exactement la même plante et ajoute que le Manuka australien est également similaire en qualité.

Sous pression de la demande asiatique

Les deux pays ont les yeux rivés sur le boom de la demande asiatique. Le leader néo-zélandais Comvita, affirme que ses ventes proviennent déjà à moitié des consommateurs Chinois.

Un accord de libre-échange entre l’Australie et la Chine vient d’être signé et abaisse à 6% les droits de douane sur le produit, contre 15% auparavant. De quoi intensifier le combat dans les mois et années à venir…

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