24 mar

Rendez-nous le rap !

Rap poste cassette

Chronique d’un rap où la forme ne sert plus le fond, où la démarche artistique est simpliste et arriviste.

Ce billet traîne dans mon armoire depuis longtemps maintenant. J’attendais pour le publier, laissant le bénéfice du doute sur la longévité du phénomène qui gangrène le rap et son industrie. Je veux parler de la trap.

Considéré comme le fer de lance de la trap musique en France, Kaaris est le point de départ de ma réflexion. En 2013 j’ai écouté l’album Or Noir. Il caracolait en tête des ventes au grand dam des artistes rap dont la plume était soignée. J’ai été submergé par la vague d’éloges autour de ce projet. Cette pléthore de dithyrambes m’a obligé d’inscrire quelques nuances autour de ce phénomène. Phénomène déjà en perte de vitesse aujourd’hui, illustrant son caractère éphémère ainsi que sa vacuité.

Un phénomène à l’image du marché du rap

Peut-on baser son rap uniquement sur une série de punchlines incohérentes et déstructurées ? Car s’il est vrai que Kaaris est largement plébiscité aujourd’hui, c’est en grande partie pour la virulence de ses missiles. Mais que dire du reste ?

Album Kaaris OR Noir

Peut-on restreindre le travail du rappeur à bosser des phases violentes, sombres et vulgaires comme finalité pour un album ? Car c’est moins les frappes lancées par l’auteur qui me gênent (au contraire) que son absence assourdissante de technique et de fond. Si les images et métaphores sont d’habitude là pour étayer un message, une émotion, une technique ou même un flow, que dire de toutes les autres figures de style si chères au rap qui manquent cruellement ?

Où sont les allitérations, les assonances, les retours à la rime, les enjambements, rimes riches et autres démonstrations du travail et talent du MC ? Mais pour si peu, je n’aurais pas pris le temps de m’épancher ici. J’ai le sentiment qu’on me prend pour un con lorsqu’on me sert un flow lent et balourd sur fond de prods binaires et accablantes de simplicité rythmique. Sans parler de certains refrains qui sont limités à la répétition inlassable de phrases incohérentes jusqu’à satiété (ex. Ciroc).

De son propre aveu « Je suis capable du meilleur comme du pire et c’est dans le pire que je suis le meilleur » (Bizon). C’est justement ce qu’on lui reproche, à lui et à ses disciples. D’avoir choisi la forme de rap la plus simpliste et gratuite pour se démarquer, et vendre. Car l’objectif ici n’est pas de tirer à boulets rouges sur Kaaris et C° mais bien de remettre cet album en perspective. L’industrie du rap est malade et les albums comme Futur (Booba, 2012) ou Or noir en sont symptomatiques.

Le pire ennemi du rap, c’est le rap… et son industrie

Je vois déjà venir les salves des « passionnés déraisonnables » (Le Sale boulot, Mysa, 2013) qui monteront au créneau avançant que je n’y connais rien et que j’attaque le travail d’un artiste gratuitement. A ceux-là j’exhorterai d’écouter 43ème BIMA (Kaaris, 2007) pour comprendre que je suis en mesure de faire preuve de discernement. Je déplore la tournure que prend l’industrie musicale pour se rendre « bankable ». Kaaris en l’occurrence, mais ils sont nombreux dans ce cas, ont choisi de se tourner vers un rap sans substance, sans texte, sans technique, sans message, sans rythmique en privilégiant la violence gratuite, la vulgarité outrancière, les amalgames et la surenchère belliqueuse. Ces artistes oublient que cette forme de rap nuit au Rap. Il est difficile de défendre cet art tant les dérives y sont légion. Ces artistes, par leurs choix purement commerciaux, donnent raison aux profanes du rap qui n’y voient que violence gratuite, provocation stérile et « poum tchak » binaire, simpliste et obsolète.

« Si tu kiffes pas renoi, t’écoutes pas et puis c’est tout »

booba-ali-lunatic-reformation-duo-groupe

Oh je les entends déjà d’ici les invétérés « trapeurs » (« trapistes » ?) qui, fiers de leur pseudo-culture rapologique, se bousculeront pour clamer à tue-tête « Si tu kiffes pas renoi, t’écoutes pas et puis c’est tout » (Si tu kiffes pas, LUNATIC, 2000). Justement, je n’écoute pas ! Mais libre à moi messieurs les censeurs adeptes de punchlines s’apparentant à des codes wifi de m’exprimer sur un sujet qui touche de près nos petits frères et leur culture musicale. Et si ça te gêne « rageux »… Tu lis pas et puis c’est tout.

J’avais adopté une attitude je-m’en-foutiste, comme j’ai pu le faire à la sortie de nombreux albums. Mais eu égard à l’engouement général dont bénéficient certains skeuds et à l’amalgame fait par beaucoup de nos petits frères quant au rap, je me devais d’exprimer ici ce que beaucoup éprouvent.

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Rendez-nous le Parc / Jazzy Bazz (2016)

J’ai grandi avec le rap dans les années 90, ce qui me permet de prendre du recul sur son évolution et de me forger une « culture musicale ».  Sans basculer dans les travers de certains puristes, je pense aux plus jeunes, soumis à l’appauvrissement des textes et du fond et à la paupérisation de l’écriture à des fins commerciales. Il est de notre devoir, à nous auditeurs et critiques musicaux de faire le tri de ceux que nous choisissons de plébisciter et des raisons que nous invoquons pour le faire. A l’instar de Jazzy Bazz, qui scande aux dirigeants malhonnêtes et vénaux du PSG « rendez-nous le Parc ! », dans son désormais classique « Ultra Parisien » (P-Town, Jazzy Bazz, 2016), je martèle au nom des mêmes valeurs « rendez-nous le rap ! ».

En complément : Oxmo Puccino sur le trap

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La TDR propose aux auditeurs et amateurs une nouvelle approche ontologique du rap trop souvent soumis à de multiples dérives écartant parfois l'essentiel de cette musique. C'est le propre de l'Art, le rap comme genre musical à part entière nous permet de nous exprimer, il nous aide à vivre. Ainsi, cette page propose donc de se refocaliser sur les fondamentaux de cette discipline. Vous ne verrez donc pas de unes sur tel ou tel clash, polémique sur un chiffre de vente ou autre relégation d'information racoleuses destinées à augmenter le nombre de clics des internautes. Non, ce qui est proposé ici est bel et bien une communauté d'amateurs d'une certaine forme de rap qui élève l'auditeur et sa musique dans sa quête d'expression de soi à travers le rap.

Commentaires (1)

le zadiste en ziguerie
mar 29,2016 at 02:24 Reply

Rendez nous notre rap musique bande de globe. L'industrie (virtuelle) de la musique détruit la création. ça nous pousse a tjr faire plus en gagnant moins. Du coup les artistes font de la merde et comme dans se monde de néant ya que des zigs qui écoutent de la trap on trouve que de la daube sur le net
Yen a marre bordel pourquoi les artistes quand ils sont peu connus font des choses bien (pas toujours yen a qui font de la merde dés le début) mais n'empeche une fois l'aube du succés ils se sentent pousser des crocs de rabzouz ils s'adaptent à la demande. et ont vraiment tendance a s'égarer grave il est fou ce monde merde quoi
Le rat luciano cessera a jamais d'etre le meilleur

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