28 fév

Edouard Louis / Eddy Bellegueule : Ode à la faiblesse

E3douard Louis, la force et le courage transpirent sur cette photo

La force et le courage transpirent sur cette photo

Rarement, un auteur aura réussi à s’attirer mon courroux aussi rapidement qu’Edouard Louis, de son vrai nom Eddy Bellegueule. Il rejoint déjà Christine Angot et Annie Ernaux (qui  aua moins pour elle un certain style) dans mon panthéon personnel du mépris littéraire. De son premier roman (En finir avec Eddy Bellegueule) injustement encensé, à son statut d’intellectuel de gauche et sociologue renommé, retour sur le parcours intellectuel, littéraire et la vie (de lâche) de ce Rastignac des lettres.

La genèse

La belle histoire d’Eddy Bellegueule débute comme nous l’apprend sa fiche wikipédia, en 1992 à Hallencourt, département de la Somme, dans notre belle campagne picarde faite de champs de betteraves, de prolétariat et de ce je ne sais quoi de si spécifique aux provinces reculées de France. Loin de la vie trépidante de Paris, de la douceur ensoleillée du Sud de la France, de l’accent ignoble de nos amis d’Alsace Lorraine ou des belles villes un peu bourgeoises de la côte Atlantique.

Hallencourt, la cité harmonieuse qui a vu naître Edouard Louis

Hallencourt, la cité harmonieuse

Le parcours d’Eddy,  passé des corons du Nord aux bancs de Normale Sup pour étudier la sociologie et Bourdieu, jeune, homosexuel et intellectuel de gauche, ayant eu des difficultés à vivre librement son orientation sexuelle, contient tous les ingrédients de la bonne histoire républicaine de gauche.  Et si le but n’est pas de remettre en cause  les difficultés, réelles, surmontées par la Bellegueule ou sa réussite universitaire, son rôle de symbole à peu de frais et l’engouement médiatique étonnant qui l’accompagnent mérite d’être critiqués. Et vivement critiqués.

La fuite comme solution

Si d’aucuns (et lui-même) racontent son ascension comme l’histoire d’une réussite, il s’agit plutôt de l’histoire d’une fuite, d’un renoncement à son identité, son « milieu social », sa famille et sa région qui ont fait de lui ce qu’il est aujourd’hui. Un itinéraire de la lâcheté qui culmine avec son changement de nom obtenu en 2013 (de Eddy Bellegueule au très consensuel et si français Edouard Louis) et un profil non assumé de Rastignac, parti à la capitale en quête de liberté, de gloire et de réussite.

Revenons à sa fiche wikipédia: « De 2008 à 2010, il est délégué de l’académie d’Amiens au Conseil national de la vie lycéenne, puis étudie l’histoire à l’université de Picardie, où il est remarqué par le philosophe Didier Eribon. »

Si on peut féliciter son militantisme et son investissement de la première heure dans la vie de son lycée (GG Eddy) , on peut (et je le fais) s’interroger sur le rapprochement avec Didier Eribon, philosophe… et militant gay. Copinage, solidarité homo, soutient militant ou vraie reconnaissance d’un universitaire pour un étudiant brillant on ne le saura probablement jamais. Mais c’est sous le chaperonnage et en partie grâce au soutien de M. Eribon qu’Eddy BG poursuivra son ascension universitaire. Et en partie aussi, par son choix de s’orienter vers la sociologie et se placer dans l’héritage de Bourdieu, père tutélaire d’une certaine pensée de gauche bienveillante et d’une intelligentsia prompte à se reproduire (comme la reproduction des inégalités dans l’œuvre de Bourdieu).

Le climax du mépris : ses romans prétentieux et égocentriques

Mais ces détails ne sont pas, loin s’en faut, la source de mon mépris profond et marqué pour Edouard Louis. Non, il s’agit bien de son oeuvre, ses romans, l’origine de mon courroux. Déjà deux romans pour le prolifique E.L.

En finir avec Eddy Bellegueule (Editions du Seuil, 2014)

Le livre raconte son parcours chaotique, brutal, de sa jeunesse dans un village de Picardie, celui d’un enfant qui doit apprendre à vivre avec son homosexualité dans un milieu très populaire, gangrené par l’alcool et le chômage. Un milieu où l’on n’aime pas les pédés. Un livre qui tombe à pique, en pleine Manif pour tous, période très clivante et tendue sur les questions de la famille bien sûr, mais également de l’homosexualité.  Si on ne peut accuser l’auteur d’avoir délibérément choisi ce timing pour publier son livre, il est clair qu’il en bénéficiera grandement. Et ce premier livre sera encensé par une certaine critique:

Un « récit d’apprentissage fulgurant », selon Télérama. « Courageux, intelligent et beau », pour Le Point. Une « comète de Halley, hors du commun », s’extasie Madame Figaro.

Un livre récompensé comme de juste par le prix Pierre Guénin contre l’homophobie et pour l’égalité des droits la même année.

Histoire de la violence (Editions du Seuil, 2016)

Laissons le soin au Huffington Post de résumer le livre (autant de travail en moins pour parler de cette bouse): « Histoire de la violence » est le récit d’une agression. Un soir de Noël à Paris, près de la place de la République, une rencontre entre Édouard et un jeune kabyle à la beauté fulgurante, Reda. Une soirée qui se termine chez l’écrivain. Les deux hommes font l’amour avec passion. Jusque là tout va bien. Deux homosexuels unis par leur désir, deux destins qui se croisent pour le meilleur ? Non, pour le pire. Car Reda finit par violer puis agresser son hôte, le menaçant avec un revolver, tentant de lui dérober son téléphone portable et de l’étrangler. De cette histoire simple, à la violence hélas presque ordinaire, Édouard Louis construit un livre. Plusieurs niveaux de récits reconstituent un puzzle: l’enquête de police, le passé de l’agresseur, dont il convient sinon d’excuser le geste, du moins de le comprendre, le ressenti de l’agressé, l’histoire racontée par la sœur de l’auteur pour mieux en distancer le sens… »

Mais qu’est-ce que je peux bien reprocher à Edouard Louis?

  • L’ autofiction – genre littéraire pauvre pour ceux qui n’ont rien à dire

Pour résumer, les deux livres d’Edouard Louis sont deux récits totalement autobiographiques. On pourrait parler d’autofiction, un genre littéraire que je juge comme pauvre puisqu’il ne fait que romancer la réalité, l’histoire personnelle de l’auteur, qui se libère des contraintes de la fiction, de l’imagination et de la créativité. L’autofiction, ça marche quand on est Jack London et qu’on écrit Martin Eden, un peu moins quand on est Eddy Bellegueule. Mais comme il l’a dit dans une interview, il n’y a pas une ligne de fiction dans ces deux textes. Il s’agit donc de textes autobiographiques  abusivement désignés comme roman. Mais, pour répondre à la question que vous vous posez peut-être:  OUI, à 24 ans on peut écrire deux livres autobiographiques. Partager son expérience et son savoir durement acquis à l’école de la vie, du primaire, en passant par le lycée et jusqu’au banc de la faculté. A cet âge là, on a sûrement la maturité, le recul et l’expérience nécessaires pour cracher sur des milliers de personnes ayant afronté le travail à la mine ou à l’usine, le chômage, la pauvreté et leur donner des leçons de vie et de tolérance.  Sans condescendance ni jugement de valeur bien sûr. C’est de la sociologie.

  • Rejet profond de son milieu social

La famille d'Edouard Louis, blessée et deçue

C’est pas parce que sa famille est moche qu’il faut la rejeter

Je dois avouer  que cela me chagrine de voir le rejet profond qu’exprime l’auteur pour son milieu, sa famille, frère, sœur, mère, tout ce qui a été sa vie, son origine. La famille dans un article du Courrier picard, exprime d’ailleurs sa peine et son étonnement sur ce retournement de veste en règle et ces attaques sans concession. On croirait que la Bellegueule a grandi en plein milieu de Germinal. Triste. C’est pour ça que j’évoquais Rastignac en début d’article, l’histoire d’Edouard Louis, c’est réellement celle d’un prolétaire qui rejette en bloc ce qu’il est ou a été, pour se fondre dans le moule parisien et petit bourgeois du plus mauvais goût. On peut changer sans se renier, s’affirmer sans se montrer cruel. Clairement pas le choix fait par Louis Edouard : « Pourquoi, moi qui ai tant éprouvé la honte sociale, la honte du milieu d’où je venais quand, une fois installé à Paris, j’ai connu des gens devant lesquels je me sentais profondément gêné d’avouer ces origines (…) »

  • La sociologie comme toile de fond

Derrière les deux romans de l’auteur, on peut clairement distinguer la volonté de tout expliquer par le biais de la sociologie et une culture de l’excuse à la limite du supportable. Ce soubassement idéologique de la sociologie est encore plus prégnant dans le second roman d’Edouard Louis, où il entend expliquer l’histoire de son viol par les origines et le parcours de son violeur. J’aurais tendance à parler de syndrome de Stockholm, lui l’explique autrement. Le Reda en question, n’est que la pauvre victime, la marionnette des structures sociales, du passé colonial à l’immigration, la misère sociale, le rejet et le racisme. Pauvre Reda qui viole et étrangle contre son gré. Comme le disait d’ailleurs Edouard Louis dans un interview: « La sociologie m’a permis de réaliser que la violence est produite par des structures sociales ».

Une bienveillance vis à vis de son tortionnaire, qui va même plus loin, puisqu’il hésitait même à porter plainte contre l’auteur de l’agression. Quand bien même l’acte serait la conséquence de certaines « structures sociales » peut-on juger que le coupable ne mérite ni d’être jugé, ni condamné ?

  • Un style littéraire précaire

Enfin, dernière critique et non des moindres quand on parle de littérature,  le style même de l’écriture, dans l’expression comme dans la structure des romans, est par passage déplorable. Notamment dans le second roman, lorsqu’il fait parler sa sœur dans un style volontairement simpliste, mal construit grammaticalement et dans la syntaxe. Ces parties sont en italique bien sûr, pour montrer que c’est le parler vrai des gens du bas peuple qu’il a fuit, et sont entrecoupées de remarques de l’auteur, en bon français. Semble-t-il pour se différencier et se distinguer de ces pauvres prolos. Une technique, une mise en scène, un artifice trop gros pour être pardonnable. Il est possible de parler du peuple, des gens les moins éduquées, voire les plus vulgaires, sans tomber dans une telle approximation stylistique, j’en veux pour preuve Romain Gary dans son roman Madame Rosa (où il met en scène des prostituées de Belleville, avec force, poigne, dans un récit touchant et sans cette complaisance si marquée chez notre champion BG).

J’arrête ici  un article déjà trop long et referme définitivement la page Edouard Louis, ses appels aux intellectuels de gauche avec le collector Geoffroy de Lagasnerie  (« Intellectuels de gauche, réengagez-vous ! »), ses romans et sa sociologie. J’en ai soupé pour la décennie.

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Morel Le Rogue

Explorateur des bas-fonds des internets, des bars louches et des milieux interlopes. Contempteur de l'infinie bêtise humaine, je traque la mesquinerie et la médiocrité. J'écris donc principalement sur la #politique, mais aussi la #culture et la #société, pour déverser ma bile avec morgue.

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